Yasmine Moussaoui (12-18 ans)

Vaudreuil-Dorion

Le sans-abri

Près du centre communautaire de Hudson se trouvait ‘la calamité de Vaudreuil-Soulanges’. Dernièrement, des rumeurs circulaient concernant des bruits étranges venant de cette maison calcinée. On prétendait qu’il s’agissait des fantômes des victimes de l’incendie, mais j’étais persuadé qu’un vagabond squattait dans la tombe de ma famille. ‘Il ne manque pas d’air…

Traiter l’endroit où ma vie a été chamboulée à jamais comme une attraction touristique est déjà assez offusquant, alors là d’y vivre ! Aie du respect pour les morts, bon sang !’ pensais-je après avoir entendu les nouvelles. Il fallait que j’agisse ; défendre ma famille était le moindre que je pouvais faire en tant que seul survivant. Je la regrettais évidemment… Sauf mon frère. Une partie de moi était heureuse que la mort l’a emporté. Comme cet enfant gâté ne me manquait pas !

Le soir venu, j’entrai dans ce qu’il restait de mon ancienne demeure. L’odeur âcre des cendres m’infiltra aussitôt les narines. L’air macabre de l’établissement trahissait la beauté extérieure d’Hudson ; les parcs, les lacs, la vivacité générale… Cette pensée fut interrompue lorsque j’entendis un bruit sourd venant de l’ancienne chambre de mon frère. Je me rendis où les bruits persistants m’attirèrent ; un placard. Je me fis alors un sang d’encre. ‘Reprends-toi ! tu ne vas pas vraiment laisser un sans-abri profiter de ton malheur, n’est-ce pas ?’, me disait ma voix intérieure. Mes mains devinrent moites, ma respiration saccagée… et, sur le point de m’évanouir de peur, je l’ouvris. Une masse sombre, dégoulinante, m’assomma. Quand je revins à mes sens et m’apercevra dans un miroir, il refléta l’obscure créature… Je l’étais devenu ! Le nom de mon frère était gravé partout sur les murs où la suie ne les avait pas gâchés. Je compris alors que ce maudit enfant a voulu prendre sa vengeance sur moi, l’instigateur du feu.

Aujourd’hui, plus d’une décennie suivant ma disparition, les curieux visitent le site et conspirent à propos d’où ‘l’épargné d’Hudson’ s’est volatilisé… Inconscients que mon châtiment est de demeurer dans ces ruines à jamais, invisible aux yeux de tous.