Vincent Boily (17 ans et +)

Île-Perrot

Un regard qui éclaire

Mon destin bientôt m’appellera. Je regardais du haut du ciel, j’observais la terre humaine et j’étais gelé par l’effroi. Là-bas, personne ne nous appréciait. On nous piétinait, on nous déplaçait violemment, on nous entassait dans d’énormes machines destinées à faire fondre notre cœur. Toutefois, je n’étais personne, rien qu’un quidam se laissant pousser par le vent de la vie. J’aurais tant aimé être quelqu’un de grand, mais je n’étais qu’un être sans nom parmi tant d’autres. Ma mère n’en pouvait plus de moi et de mes frères. Un beau matin, à la limite de ses capacités, elle nous laissa tomber. Soutenu par la brise, je descendais vers ce néant d’horizon, puis, soudainement, je fus porté par le souffle glacial d’hiver et je m’abandonnai à la fatalité de cette vie si injuste. Lors de mon vol, je pus au moins profiter d’extraordinaires paysages. Je vis en premier un énorme moulin à vent, puis, me déplaçant dans cet élan effréné, je traversai des champs considérables. Alors que ma chute se faisait imminente, une brise d’autant plus forte que la première me revigora. Je sillonnais Vaudreuil-Soulanges dans son entièreté. Je zigzaguais dans les forêts, les fermes et les écuries, en plus de tourbillonner par-dessus d’immenses églises d’une splendeur phénoménale. Toutefois, par ma nature si insignifiante, cette allégresse devait éventuellement aboutir à une fin tragique. Avec moi s’écrasaient mes rêves, joies et espoirs. J’approchais rapidement du sol.

Couché à terre, mes frères à perte de vue autour de moi, je fermai les yeux et m’endormis paisiblement. Quelque temps après, je me réveillai sous le regard scrutateur d’un enfant. Je fus pris de ravissement : c’était moi qu’on admirait, j’avais été choisi parmi tous mes semblables ! Enfin, celui-ci me plaça doucement au creux de sa mitaine, puis lui et ses amis m’observèrent de très près. J’entendis alors dire : « Regardez les gars, j’ai trouvé le plus joli flocon de neige au monde! » Même si je ressemblais aux autres, cela me permit de découvrir l’un des merveilleux secrets de la vie : « La beauté est dans les yeux de celui qui regarde » (Wilde, 1891). C’est dans une grande sérénité que le printemps arriva et que je commençai à fondre. Pourtant, la joie m’habitait : par mes particularités, j’avais rendu cet enfant heureux, et cela donna un sens profond à mon existence.

PS Selon plusieurs sources, dont le gouvernement canadien (https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/eau-apercu/sources/neige-glace.html), par sa nature cristallisée, un flocon de neige est bel et bien un minéral.

Bibliographie
Wilde, Oscar. (1891). Le Déclin du mensonge. (H. Rebell, Trad.) Allia.