Saint-Zotique
Lorsque le ciel commence à se voir illuminé plus longuement, et que les premières brises de vent doux se présentent sur le territoire canadien, ma famille et moi sillonnons l’horizon de nos puissantes ailes pour retourner au bercail. Grâce à notre travail d’équipe, nous sommes capables de franchir jusqu’à mille kilomètres en une semaine. Nous volons ensemble de façon organisée, c’est ainsi que nous y parvenons. Je ne suis pas la plus forte de mon groupe, je me tiens donc plus à l’arrière, du côté gauche ou droit de notre formation, qui, selon les êtres humains, fait la forme d’un « V ». D’ailleurs, à cause de ces pauvres créatures bipèdes, cela fait déjà plus de quatre-cents ans qu’on nous a attribué un nom qui n’est pas le nôtre. Nous sommes surnommées « Outardes », un nom que mon espèce et moi portons en Montérégie et un peu partout sur le territoire québécois. Les explorateurs français Samuel de Champlain et Jacques Cartier nous ont donné ce nom à cause de notre ressemblance avec l’oiseau de leur patelin. Notre vrai nom serait « Bernache », mais peu importe le nom qu’on nous attribue, toutes les espèces canadiennes savent qui nous sommes. Notre abondance, notre allure, notre chant et notre taille font de nous des oiseaux reconnaissables et emblématiques. Ma famille et moi habitons la région de Vaudreuil- Soulanges, où il y a une abondance de plans d’eau où nous pouvons aller patauger et trouver des petites îles pour pondre nos œufs. Le lac Saint-François avec ses eaux claires et ses îlots épars, est mon endroit de prédilection. Ici on y trouve aussi le canal de Soulanges, à proximité de grands terrains verdoyants où je peux aller me régaler d’herbes. C’est vraiment un petit coin de paradis que je partage par ailleurs avec une grande quantité de lapins à queue blanche, qui bondissent nerveusement partout. Les rats musqués abondent aussi sur ces terres humides, parfaites pour répondre à leurs besoins d’animaux aquatiques. À peu près au même moment que notre retour au Canada, les marmottes commencent à montrer le bout de leur nez et sortir de leur terrier. Il faut bien l’admettre, ces divers animaux sont bien sympathiques et nous vivons en harmonie avec eux, mais il ne faut pas se méprendre. Il y a bien quelques menaces qui nous guettent sur le territoire de Soulanges.
Les renards roux et les coyotes n’attendent que le crépuscule pour jeter sur nous leurs regards de prédateurs…

