Tina Vahedi (12-18 ans)

Pincourt

Le Sifflement des Ombres

À Vaudreuil-Soulanges, sous un ciel automnal teinté d’orange et de pourpre, Élodie marchait son chien, Tango. Chaque soir, alors que le vent bruissait dans les arbres nus, elle entendait ce même sifflement joyeux. Il semblait flotter dans l’air, sans origine précise, s’infiltrant entre les maisons comme un murmure espiègle.

D’abord intriguée, puis obsédée, Élodie se mit à enquêter. Elle nota l’heure exacte où le son se manifestait, essaya de suivre sa source, mais chaque fois qu’elle pensait s’en approcher, il s’éloignait comme s’il jouait avec elle. Tango, lui, hérissait son pelage et grognait faiblement.

Un soir, elle décida d’aller plus loin, au-delà du vieux parc abandonné, là où plus personne ne mettait les pieds. Son cœur battait fort lorsqu’elle franchit la grille rouillée. L’air était glacial. Les réverbères, habituellement vacillants, semblaient s’éteindre à son passage. Le sifflement retentit à nouveau, plus proche que jamais.

Soudain, une brume argentée s’éleva du sol. Des ombres se dessinèrent dans le brouillard. Des silhouettes enfantines dansaient, riant en silence, leurs visages flous, leurs vêtements délavés par le temps. Elles semblaient jouer… mais à un jeu oublié depuis longtemps.

Élodie sentit son sang se glacer. « Qui êtes-vous ? » chuchota-t-elle.

Une voix douce, lointaine, presque un écho du passé, répondit : « Nous étions là avant… nous jouions ici… jusqu’à ce que le monde nous oublie. »

Le sifflement s’intensifia, formant une mélodie envoûtante. Les silhouettes se dissipèrent doucement dans la brume, ne laissant derrière elles qu’un rire léger, un souffle d’air et une marelle dessinée à la craie sur le sol humide… une marelle qui n’était pas là la veille.

Depuis ce jour, Élodie n’entendit plus jamais le sifflement. Mais chaque soir, en passant devant le parc, elle voyait Tango fixer un point invisible et frémir, comme si quelque chose—ou quelqu’un—était toujours là, à l’observer.