Stéphanie Roger (19 ans +)

Rigaud

Avoir su, j’aurais cru

Je me suis toujours dit que mon grand-père était dans les patates. Autant à cause de ses histoires sans queue ni tête que dans la vraie vie ! Parce qu’il était agriculteur mon grand-père. Il faisait pousser des patates sur sa terre à Coteau-du-Lac. Il mettait tout son cœur dans son travail et y consacrait tout son temps…enfin presque tout son temps.

Il m’a raconté qu’un jour d’été, sa mère l’avait amené sur la belle colline de Rigaud. Lors de leur promenade, il trouva un champ de pierres. Que des roches. Sa mère lui a dit que c’était un ancien champ de pommes de terre, mais que l’agriculteur avait travaillé le dimanche et donc, ses patates s’étaient transformées en pierres. Mon grand-père eut très peur de cette malédiction toute sa vie. Il m’a dit que depuis ce jour-là, chaque dimanche, il ne faisait absolument rien sur la terre. Pas même corder du bois qu’il m’a dit.

Encore une fois, j’ai trouvé que ce qu’il disait n’avait pas de sens. Pauvre grand-père superstitieux. Je ne croyais pas du tout à ses balivernes.

Aujourd’hui, c’est moi qui ai hérité de la terre de mon grand-père. J’ai travaillé sans relâche pour faire de cette terre la meilleure de Coteau-du-Lac. Je pensais faire fortune en vendant mes récoltes partout dans Vaudreuil-Soulanges. J’ai travaillé sans cesse. Même le dimanche…

J’ai toujours dit que mon grand-père était dans les patates. Moi, je ne le suis plus. Depuis que j’ai fait fi de la supposée malédiction de mon grand-père, plus aucune patate n’a poussé dans le champ. Une terre aride, une terre de roches et de pierres. Voilà tout ce qu’il me reste.

En fixant la terre pleine de cailloux devant moi, je me suis dit qu’il aurait peut-être été plus sage de croire les histoires de mon grand-père finalement…