Simon-Gabriel Jodoin (16 ans et -)

Île-Perrot

Par une chaude nuit d’été, je rôdais dans la pénombre à la recherche de quelque chose à me mettre sous la dent. Moi, Raoul le raton laveur, fier papa de trois ratonneaux, je me promenais avec une pelure de banane dans la gueule. Je devais rentrer rapidement pour nourrir mes petits. J’ai dandiné le plus rapidement possible en direction de ma tanière construite sous la maison abandonnée sur le boulevard Perrot. C’est un lieu merveilleux près de la rivière des Outaouais, mais un peu dangereux. En effet, il y a quelques années mon tendre père s’est fait écraser par un gros camion Sanivac. Quand je suis arrivé chez moi, mes trois petits ratonneaux Loucas, William et Coralie se sont jetés sur moi.

Élever des petits ratonneaux dans une ville n’est pas toujours idéal. J’aurais bien voulu les éduquer en pleine nature, mais il y a beaucoup de prédateurs qui pourraient les dévorer. Cette pensée me fit frémir. Cela me rappela une histoire lointaine, à l’époque de mon enfance. Je me promenais dans la forêt près de l’école la Perdriolle accompagné de mon père. C’était la première fois que je sortais de ma tanière pour aller chercher de petites baies. Lors de notre recherche, un vilain renard affamé avait eu la même idée que nous. Mon père, en le voyant, voulut partir, mais le canidé nous remarqua avant que nous puissions nous échapper. Mon père et moi avons couru sans avoir le courage de nous retourner. Nous nous sommes réfugiés à l’intérieur de la tanière abandonnée.

Pendant que mes petits mangeaient, j’ai remarqué que la tanière se remplissait d’eau. Alors, je les ai fait sortir rapidement. J’avais tout perdu, j’étais dévasté et démuni. Alors que d’autres animaux dans ma situation n’auraient que pleuré, moi, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis parti à la recherche d’un nouvel abri. Après de longues heures de marche, nous nous sommes arrêtés à l’église

Sainte-Jeanne-de-Chantal. Mes enfants ont pris une pause, mais moi j’ai fait le tour sans trouver de nouveau refuge. Au moment, où je commençais à perdre espoir, Coralie me demanda de regarder en haut d’un arbre. Il y avait une cavité. J’y suis monté et je fus surpris de voir qu’elle était spacieuse. Je décidai alors de m’y installer. C’est ainsi que je refis ma vie accompagnée de mes enfants.