Serge Gélinas (19 ans +)

Terrasse-Vaudreuil

La mémoire du feu

Avant que le café n’ait ouvert ses portes, avant même que les premières maisons ne s’ancrent dans la terre, la plage accueillait déjà les pas du monde. Une anse tranquille au bord du lac des Deux Montagnes. Les canots y accostaient doucement. Ils venaient par l’eau, portés par le souffle des rivières et le murmure ancien des arbres.

Ils posaient pied sur cette plage pour échanger ce qui ne s’écrit pas : le silence, la chaleur d’un regard, la vérité d’un feu allumé. Il n’y avait pas de murs, seulement le ciel immense, les étoiles comme veilleuses et ce cercle, que formaient les corps autour des flammes. On y partageait des choses simples et grandes : une fourrure, un chant, une histoire. Les voix autochtones s’élevaient, lentes, comme si le vent lui-même voulait écouter. C’était un lieu de passage, un carrefour sacré entre l’eau et la forêt, entre le voyage et la rencontre.

Aujourd’hui, à cet endroit où le lac caresse encore la rive, le Terrasse Café accueille les passants. Une main sert le café, l’autre façonne une pâte vivante, qu’on glisse au cœur du feu. Lorsque la fumée s’élève, douce et dense, quelque chose revient et ceux qui prennent le temps de regarder croient voir danser des visages oubliés et des chants portés par les braises.

Le feu ne meurt jamais. Ce que les bûches embrasées font crépiter aujourd’hui, c’est la mémoire des feux de camp d’autrefois. Le cercle n’a pas disparu, il a changé de forme. Il est maintenant une table partagée entre amis, un sourire échangé entre générations.

À Terrasse-Vaudreuil, entre le bois et le lac, il reste un peu de magie. Des souffles, des éclats de voix portés par l’eau, comme une présence discrète, bienveillante, qui veille encore. Chaque fois qu’on enfourne une pizza dans le four à bois, quelque part, les anciens sourient. Car tant qu’il y aura des lieux pour se rassembler, pour raconter, pour manger ensemble, l’esprit du feu continuera de brûler.

Le lieu se souvient… le feu aussi.