Sandra Lavoratore (19 ans +)

Pointe-Fortune

Magdeleina

Je me stationnai près de la fameuse maison du petit village de Pointe-Fortune.  Après avoir coupé le moteur, je levai mes yeux pour observer la maison qu’on appelle aujourd’hui la maison Macdonell-Williamson.  Je sentis des frissons me parcourir le dos.  Quelle maison lugubre.  Mon grand-père, natif de Pointe-Fortune, m’avait raconté que cette maison fut construite au début du 19e siècle par un commerçant de fourrure pour sa femme métisse, nommée Magdeleina, et leurs douze enfants.  Il reste peu de gens qui se souviennent de l’histoire de cette maison.  Mais il y a une chose que tous à Pointe-Fortune connaissent bien de cette maison et ce, depuis plusieurs générations…c’est que la maison est hantée.

La maison, jadis abandonnée, fut acquise et partiellement restaurée par des volontaires il y a quelques années. On y vend du café, des viennoiseries et des produits locaux aux touristes de la région.  Ces derniers viennent de partout, non pas pour le café, mais bien pour apercevoir le fantôme de Magdeleina, la belle métisse aux longs cheveux ébène, morte dans cette maison il y a presque deux siècles.  

J’abandonnai mes souvenirs et entrai dans la maison. Un employé m’aperçut et m’ouvrit la porte du salon.  La porte s’ouvrit avec un bruit plaintif.  J’entrai dans la pièce sombre avec une certaine appréhension.  Les rideaux de velours noirs étaient fermés. Seule une chandelle éclairait faiblement la pièce.

Mes yeux s’acclimatant à la noirceur, je fis quelques pas et…je la vis.  Mon souffle fut coupé. Je n’osai plus bouger ou même respirer.  Elle était au fond de la pièce, dos à moi. Elle portait un châle noir sur ses épaules voutées, un foulard sur ses longs cheveux noirs.   Je restai immobile quelques instants, puis soudain elle se retourna.  « Ah, c’est vous » me dit-elle en souriant, « enfin ma pizza est arrivée!»  Je reconnus vaguement son visage, une des volontaires qui habitait près de mes parents. Je pris l’argent et retournai vite à mon auto continuer mes livraisons.  Et à ce jour, je n’ai toujours pas vu la belle Magdeleina.