Notre-Dame-de-l’Île-Perrot
Élyse et la libellule, songe de l’Île Perrot
Ayant passé un hiver éprouvant, enveloppée dans le deuil de son amoureux, Élyse se promit de réaliser un de leurs souhaits, celui d’explorer la région qu’ils avaient choisie ensemble pour s’installer. Elle savait que les rivages de l’Île Perrot recelaient des points de vue uniques au confluent de deux lacs. Cette journée de juin, claire et lumineuse, l’incita à explorer l’extrémité de l’Île où se trouve un moulin ancestral.
Arrivée sur le site du Parc de la Pointe-du-Moulin, elle emprunta la longue passerelle de bois traversant un milieu humide où s’épanouissaient tortues et amphibiens. La passerelle était bordée d’arbres telle une tonnelle végétale ombrageant le chemin au bout duquel une lumière accueillante l’appelait au loin. Elle fut alors ravie de découvrir ce petit paradis, comme si l’on plongeait soudainement dans un autre temps, celui des seigneuries de la Nouvelle-France. Se dressaient devant elle, au bord du lac Saint-Louis, le fier moulin du XVIIIe siècle et la maison du meunier. Sur place, on l’informa que le moulin fut érigé par le seigneur Joseph Trottier et la seigneuresse Françoise Cuillerier. Cette dernière dut néanmoins s’acquitter seule des tâches de la seigneurie, ayant perdu son mari cinq ans seulement après leur union. On lui doit le début du peuplement de l’Île. Elle était un peu comme Élyse, pensa-t-elle, une femme entrepreneure, mais devenue veuve trop jeune.
Élyse repéra un coin tranquille sous un saule et étendit une couverture pour s’y reposer. Une libellule apparue soudain et Élyse fut charmée par sa grâce et sa manière de voler, si furtive et légère. L’insecte s’arrêta net devant son visage comme pour la saluer. Sachant les mystères entourant les libellules, évoquant tantôt l’amour tantôt la mort, elle ne put s’empêcher d’y voir un présage. Sur cette pensée, elle s’assoupit, emportée par ce qui se ressemble à un rêve sinon un voyage astral.
Elle voyait l’image nimbée de son amoureux à ses côtés, lui murmurant à l’oreille : « n’oublie jamais que je resterai à tes côtés tant et aussi longtemps que la mémoire de notre amour sera vive, je t’aime… »

