Les Coteaux
Je plane dans les environs. Sans vogue, je suis le seul. Pourquoi est-ce que je retourne ici encore ? Cela dure depuis bien des années. Je vole peu à peu vers mon bercail. Je m’apprête à ces décors allongés de toutes les couleurs. D’autant le bleu du fleuve Saint-Laurent que ces chemins engorgés de 35 kilomètres qu’ils appellent piste cyclable. Sans vogue, la glace fondue, que les vagues. J’espère ne pas être seul à mon arrivée. Continuer mon chemin se résout à l’absolu. Ce changement de courant n’est pas seulement le mien, il est aussi celui des humains. Des skis à crampons, des planches à bottillons, le Mont Rigaud ne dort jamais. Cette élévation, de par sa force saillante et crédule, dominant les terres de Sainte-Marthe et Saint-Lazare, me paraît, vue d’ici, un simple monticule. Mes ailes vibrant, défaillant le vent venant. Cet air paisible me détend lorsque je compare cette idée du déplacement sur des terres encombrées où des pattes marchantes uniquement seraient susceptibles à l’achoppement. Cette réflexion relève de l’honneur que je donne aux humains de s’approprier leur terrain à l’année longue. De la pluie à la neige, de grands vents au verglas, les citoyens célèbrent, qu’importe le tempérament. Que ce soit Noël ou la Saint-Jean, un festival de grillades ou une course de bateau, une randonnée en sentier ou une parade de drapeaux, leur sédentarité est un canal de résilience. Je m’approche tranquillement de ces terres beiges et allongées, bientôt nichées dans mon terrier. Je ne brille pas souvent de ma présence, je ne suis qu’un oiseau commun qui périt peu à peu jusqu’à l’inexistence. De toutes ces périodes saisonnières passées à Vaudreuil-Soulanges, je me demande ce qui rend cette région si spéciale. Je finis par atterrir doucement sur ses terres sablées qu’ils nomment l’Esker. Je réside parmi mes confrères, les hirondelles de rivage, dans ces nids de sable, maintenant cherchant de la nourriture et admirant le coucher de soleil. J’aperçois au loin une famille faisant du kayak. Ça doit être leur moyen de déplacement le plus paisible. À naviguer sans but, seulement pour être ensemble, qu’importe la manière. Et dans une illumination soudaine, mais réelle, je trouvais la réponse. Ce qui rend cette région spéciale est la force de leur connexion. Tout comme je vole à chaque saison pour rejoindre mes pairs, ces humains se déplacent chaque jour pour faire valoir leur goût de vivre.

