Rachel Préfontaine (19 ans +)

Les Coteaux

N.B. : Bien que les lieux et les personnes soient réels, le récit est purement fictif.

Parfois l’automne, quand le soleil se lève sur le lac Saint-François, le ciel prend des teintes chaudes d’orange et de rose. Le lac, jaloux, imite le ciel et tout l’horizon prend une douce couleur de bonbon. En me réveillant ce matin, j’ai eu droit à ce magnifique spectacle et au concert réconfortant de la routine de mon père, levé de bon matin, s’en allant travailler. Bien que nous soyons samedi, il ira au chantier; il y va tous les jours.

Mon papa, Jaochim Lalonde, est menuisier; il construit des bâtiments. C’est à lui qu’on a confié la construction d’un édifice très important à Coteau-Landing. À 5 ans, je ne comprends pas toujours les grands, mais j’ai entendu qu’il s’agit d’un palais : le palais de justice du comté de Soulanges. Je suppose qu’ils se trompent et qu’il s’agit du palais du comte de Soulanges. Un mystérieux personnage, dont j’ignore le nom, que je n’ai jamais vu, ni à la maison ni sur le chantier et dont mon père ne parle jamais. Pourtant, c’est sûrement un homme riche et important puisqu’il se fait construire un palais !

Peu importe ce mystère, comme aujourd’hui c’est samedi, papa acceptera que je l’accompagne à mon palais, que dis-je, mon château. Quand j’y suis, je prends plaisir à devenir madame Malvina Lalonde, comtesse de Soulanges. Une comtesse, c’est une princesse ? Par les grandes fenêtres au deuxième étage, j’admire le merveilleux lac Saint-François et je laisse mon imagination me transporter. Devant le palais, je fais construire un joli jardin pour accéder au lac et je m’y vois, l’été, assise, vêtue d’une belle robe fleurie, sous une ombrelle assortie.

Papa me tire de ma rêverie : nous devons partir. D’un geste de la main, je salue ma cour par la fenêtre. Je descends l’escalier avec toute l’élégance que mon rang de comtesse impose, je me dirige vers la porte du palais et, à regret, je le quitte. Je sais que je ne reviendrai plus au château, papa me l’a dit, la construction est presque terminée. Nous sommes à l’automne 1859.