Oumou Ndiaye Diallo (12-18 ans)

Pincourt

La Fillette Disparue

J’ai déménagé de Vaudreuil-Dorion il y a quelques années. Vaudreuil, c’était une belle petite ville qui regorgeait de culture québécoise mais aussi d’une communauté diversifiée.  J’habitais juste en face du parc de la Maison Valois, aussi connu sous le nom du parc Je Suis. Ce parc est aussi la raison pour laquelle j’ai déménagé. Mais savez-vous pourquoi on lui donne cet autre nom?

***

Quand j’étais encore dans mon début de trentaine, mes enfants Daniel, 8 ans, et Amanda, 10 ans, et moi avions l’habitude d’aller au parc à cause des nombreuses activités familiales qui y étaient organisées. Un jour, lors d’un mercredi soir banal, nous avions décidé d’y aller.

C’était le soir, il n’y avait donc pas beaucoup de personnes. À part nous, il n’y avait qu’un couple de personnes âgées. Nous étions attablés autour du feu, des guimauves au bout de nos bâtons et nous contemplions l’horizon doux qui annonçait la venue du printemps.

Soudain, j’entendis une faible voix derrière moi. Je l’ignorai, pensant que ce n’était que le fruit de mon imagination. Une froide brise m’effleura le cou, me faisant frissonner. Puis, j’entendis de nouveau la voix derrière moi, un peu plus fort, cette fois-ci. Un peu mal à l’aise, je dis donc à mes enfants qu’il était temps de rentrer à la maison.

Cependant, Daniel, qui n’avait toujours pas fini sa guimauve, nous fit attendre encore quelques minutes. Et j’entendis la voix une troisième fois. Ce coup-ci, je me retournai d’un mouvement de tête vif et aperçu devant moi…une simple petite fille. Oh. Elle s’approcha timidement de moi, en chuchotant des mots inaudibles.

Mais que faisait-elle ici, toute seule, à une heure pareille? Je me levai donc de ma chaise, alarmant les autres autour. Tous se retournèrent en même temps et virent la jeune fille au visage triste et au hoodie d’un gris délavé, un peu trop grand. Elle ne pouvait pas avoir plus de 12 ans.

« Tu t’es perdue, ma petite? » Dit l’homme âgé.

La fillette gardait la tête baissée et chuchotait doucement.

« Bon je vais appeler la police, dans ce cas! » Dit le vieillard sans hésiter.

L’homme et sa femme se retirèrent pour appeler le 911 tandis que mes enfants et moi gardions un œil sur la petite.

« Qu’est-ce qu’elle a, maman? Pourquoi elle ne parle pas? » Me demanda Daniel

« Elle n’a rien, elle est juste timide, Dani »

Moi aussi je me posais cette question mais je ne voulais pas l’obliger à parler, de peur de la brusquer.

Elle continua de parler dans sa barbe et je me rapprochai d’elle pour mieux entendre;

« Je suis…je suis… »

Quand les autorités arrivèrent, nous nous dirigeons tous vers eux. Je pris la main de la fillette mais plus je me rapprochais des policiers et plus j’avais l’impression de perdre sa prise. Quand je baissai le regard pour voir si elle était toujours à mes côtés, je remarquai qu’elle n’était plus nulle part.

Les policiers ouvrirent une enquête mais celle-ci fut fermée un an après, dû au manque de preuves.

Cependant, je peux vous assurer que je me rappelle encore de ses dernières paroles et quand j’y pense, tout mon être frissonne. Je suis la seule à l’avoir clairement entendue, donc pour éviter la confusion, seul le « je suis » fut retenu dans la création du nom du parc, pour se remémorer la Fillette Disparue.

« Je suis morte »