Coteau-du-Lac
Le Lustucru de la rivière Rouge
La veuve avait un fils. Un fils qui avait perdu son père un soir de Noël. Le futur défunt, en voulant atteler les chevaux rapidement, reçut un sabot dans le visage par un rétif et c’en fut fait.
Un dimanche des Rameaux, la veuve se rendit à l’église et pria pour que le ciel lui envoie un garçon pour l’aider à la ferme.
Le jour de Pâques, le ciel l’exauça, le curé lui amena une petite fille avec deux queues de cheval blondes. Le fils de la veuve la baptisa « Queues-d’rat ». La veuve, elle, ne laissa pas transparaitre sa déception. Elle avait une ferme laitière et une grande terre à travailler.
Le fils invita « Queues-d’rat » à s’habiller en rouge et à le retrouver au poulailler. Il lui dit de regarder le coq et de lui répéter « Moi, j’ai du rouge, toi, t’en as pas ! ». Ce que la jeune fille fit ! Le coq lui sauta dessus. Elle rentra à la maison en criant « maman ! », mais la veuve n’avait pas le temps pour panser les plaies. Elle enfourna sa tarte au suif et partit semer ses patates.
Une autre journée, après que le fils eut fait boucherie aux poules en leur coupant la tête, il invita « Queues-d’rat » à le retrouver sur le toit de la grange. Il lui remit une paire d’ailes et il lui dit de battre des ailes très fort ! Et la jeune fille, qui rêvait de voler, battit des ailes très fort, prit son élan et s’élança par-dessus le toit ! Heureusement qu’il y avait des meules de foin tout en bas.
« Queues-d’rat » s’était éprise de deux petits cochons qu’elle nourrissait au biberon. Un bon jour, le fils lui jura que les cochons nageaient. Il l’invita à le rejoindre au puits et lui dit de mettre les cochons dans un « sciau » et de laisser partir la corde au fond du puits. Les cochons se noyèrent.
Plusieurs années plus tard, on pouvait lire dans Le Jaseur que « La ferme de la rivière Rouge avait passé au feu ». Les vaches beuglaient au ciel. La jeune fille marchait la faim au creux du ventre le long du canal. Après avoir mis le feu à la grange, Le Lustucru s’était sauvé.

