Les Coteaux
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vécu dans cette forêt, au sommet de ce que les passants appelaient le mont Rigaud. Personne ne me remarquait jamais. Il faut dire que je n’ai rien de particulier. Je ne suis qu’un simple petit caillou, lisse et beige.
Un jour, contre toute attente, un petit garçon m’a ramassé. Il m’a montré à ses parents en souriant.
« C’est mon porte-bonheur », a-t-il dit en me serrant dans sa main.
Je me suis alors demandé ce qu’était un porte-bonheur. D’après mes connaissances, cela ne poussait pas dans ma forêt. Mais au fond, quelle importance cela avait-il ? À partir de ce moment, je l’ai suivi partout. Dans sa poche, j’ai entendu les parents dirent au petit garçon que nous étions dans la région de Vaudreuil-Soulanges et qu’il y avait toutes sortes d’activités à y faire. Je ne savais pas vraiment ce qu’était une région, mais j’ai vite compris que ma forêt n’en était qu’une toute petite partie.
Le petit garçon m’a emmené dans une foule d’endroits : un verger à Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, où nous avons cueilli des pommes ; une forêt à Saint-Lazare, où nous avons fait de la raquette et de la luge ; et même sur une très longue piste cyclable longeant un magnifique canal. J’avoue avoir eu un peu peur lorsqu’il m’a emmené sur un bateau, à Vaudreuil-sur-le-Lac. Il faut dire pour ma défense que les cailloux ne sont pas de très bons nageurs. J’ai rapidement constaté que lui aussi avait peur. Il m’a gardé bien serré dans sa main tout au long de la balade où j’essayais de mon mieux de lui insuffler du courage. J’aimais ces moments où je sentais la chaleur de sa main et la fierté dans sa voix lorsqu’il disait que j’étais son porte-bonheur.
Les années ont passé et le petit garçon a grandi. Puis un jour, il m’a déposé doucement à l’extérieur, près d’un sentier. Il m’a regardé une dernière fois, puis a poursuivi son chemin, un doux sourire sur les lèvres. Depuis, j’attends. Je regarde défiler les saisons en me remémorant tous nos souvenirs. Le vent me caresse, la pluie me nettoie, et le soleil me réchauffe. Bien que j’apprécie cette tranquillité ambiante, une partie de moi se dit que, peut-être qu’un jour, une nouvelle main me ramassera… pour vivre encore d’autres aventures dans cette belle région.

