Nancy Dickson (17 ans et +)

Terrasse-Vaudreuil

ENRACINÉ

L’hiver touche presque à sa fin ; je le sens. Le soleil brille chaque jour quelques minutes de plus, réchauffant tout mon être. Le repos est nécessaire : l’hiver est fait pour le sommeil, pour se régénérer, pour rêver. J’aime les magnifiques couchers de soleil qui accompagnent cette saison, mais en ce moment, le printemps me manque. J’ai besoin de ressentir à nouveau ma renaissance, de la sève aux branches, de sentir la force de grandir et de respirer.

Les gens reviendront au bord du lac. Leurs rires me donneront joie et raison d’être. L’eau les attire près de moi, et j’en profite. Le vent passe comme un murmure et porte la rumeur que certains êtres comme moi poussent dans des endroits plus agités, plus fébriles le long d’avenues de béton qui s’illuminent dans l’effervescence. Mais je ne les envie pas.

Je préfère les petites foules qui voguent devant moi, qui se baignent dans la fraîcheur. Les oiseaux qui me font cadeau d’abriter leurs nids douillets dans mes branches. Les familles qui cherchent refuge sous mon ombre et laissent le monde derrière elles, le temps d’un instant. Les soirées chaleureuses où l’on s’installe au café, niché dans les bosquets, lieu de rencontre où le temps semble ralentir et l’ambiance suit le rythme de la musique. Ces soirs où le silence prend le dessus et où l’on n’entend plus que le chant des grillons et le bruissement des feuilles dans les arbres.

Lorsque les nuits d’été deviendront plus fraîches, je me parerai de mes couleurs préférées et profiterai des dernières chaleurs, en attendant la première neige.

Je suis profondément enraciné dans cette vie, le cycle des saisons qui passent, je le connais par cœur et il me rassure. Je me tiendrai ici, grand et fier, aussi longtemps que je le pourrai. Ce coin de terre peut sembler minuscule et perdu dans l’immensité du monde et pourtant il me paraît infini, comme si tout l’univers se tenait là, face à moi.