Les Coteaux
Sur la rive Nord du lac St-François, le soleil, bien que toujours timide, caresse doucement mes vieilles branches mélancoliques qui s’Étirent et tombent en cascades jusqu’au sol. À l’aube du printemps, la nature s’éveille et s’enchante. Le silence de l’hiver laisse désormais place aux chants des mésanges, joyeuse symphonie annonciatrice de la douceur de la nouvelle saison. La glace qui recouvrait la surface du lac a fondu et a donné lieu au mouvement et au courant de l’eau. Nous sommes délivrés de l’hiver qui nous figeait dans le temps. Il y a quelques jours, les outardes, ces grandes voyageuses, se sont réapproprié les berges. Chaque année, leur arrivée résonne comme un appel à la vitalité. Pour ma part, mes bourgeons fleuriront sous peu et écloront en châtaignes d’un vert doux. Secondé par mes cousins, nos feuilles et nos fleurs perceront la grisaille. Une multitude de couleurs vives et vibrantes couvrira le paysage et nous libérera d’un décor monochromatique et froid. Bientôt, vous pourrez entendre le bruissement de mes feuilles dans le vent et peut-être sera-t-il accompagné du rire de jeunes enfants. Les familles étendront leur couverture à l’ombre de ma frondaison pour partager un diner et un moment chaleureux. Les pêcheurs s’installeront au quai, tantôt contemplatifs d’un moment de calme, tantôt fébriles au signe d’une touche. Accoudé à mon tronc, il y aura un intellectuel qui parcourra les lignes d’un livre savant ou peut-être ce sera un groupe d’étudiants qui échangera avec tonitruance. Il m’arrivera de voir cette jeune femme concentrée sur la posture de yoga qu’elle tentera de maitriser ou ce vieux couple qui observera les oiseaux. Comme la nature qui s’était endormie, les amis, les amoureux et les bohèmes réapparaîtront aux abords du lac et je serai témoin avec reconnaissance de l’animation et de l’ambiance estivale. Je suis le vieux saule au bord du lac et j’accueille le renouveau.

