Vaudreuil-Dorion
Une sieste à la messe
Ma vision est brouillée. Elle s’éclaircit. Une main de peintre retouche l’extrémité de la lame levée, prête à s’abattre sur la créature ténébreuse qui gît sous le pied de l’archange Saint-Michel. Je sens quelque chose d’étrange sur mon visage. Je porte ma main sur ce qui semble être une moustache. « Seigneur, moi, François-Édouard Meloche, je vous remercie de m’avoir donné le talent de créer des œuvres qui, je l’espère, sont dignes de votre grandeur », m’entendis-je murmurer du haut de l’échafaud. Je perds pied et file à toute allure vers le plancher de l’église. Il se rapproche. Je ne vois plus rien. Le noir…
J’atterris sur un banc de bois dur. Je me surprends à écrire une dictée. Je lève la tête. Un tableau à craie, une femme à la capine noire, que des jeunes filles… J’entends l’une d’elles dire : « Sœur Marie-Anne ». Tout se brouille encore une fois. Le noir…
Mon visage est mouillé. « Agathe Lalonde » que j’arrive difficilement à lire sur la pierre tombale. Brouillard. Je cours à en perdre l’haleine, mon fusil de chasse en main. « Vous ne m’aurez pas maudits Anglais, maudites gueules carrées ! » Je vois un trou béant au sol, prêt à m’avaler. Brouillard. Je percute le plancher de plein fouet. Pourquoi suis-je dans une maison ? Un lustre se met à bouger… tout seul. Je sers mon fusil. Il se met à tourner de plus en plus vite. Je sens la panique qui monte en moi. Une voix désincarnée me souffle à l’oreille : « Trestler ». Fuir. Des objets volent au-dessus de ma tête. Je cours me barricader dans une salle de bain. Mon cœur va m’éclater les tempes. Mon regard croise mon reflet dans le miroir. Je fige. Un mot s’échappe de mes lèvres : « Narcisse ». Mon visage se rapproche de mon image. Je me noie. Suffocation…
Brusquement, j’ouvre les yeux. Le sourire du père Boniface suffit à me ramener à la réalité. Embarrassée, je me dirige vers la sortie de l’église.

