Maya Zemka (12-18 ans)

Vaudreuil-Dorion

Une rivière menant aux étoiles

Située près des sentiers de Rigaud, une maison à l’allure abandonnée donne la chair de poule aux randonneurs.

Un jeune couple fit bâtir cette habitation vers la fin du 19e siècle, voulant fonder une famille. De

nombreux mois passèrent sans la moindre trace de fécondation. Lorsque le dernier espoir des amoureux disparut, la femme tomba enceinte! Cette nouvelle réchauffa son cœur refroidi par les dures journées hivernales.

Les semaines suivantes furent très occupées. La chambre fut transformée pour accueillir un poupon. La garde-robe se remplissait de petits vêtements, soigneusement fabriqués par la future mère. Tout se

déroulait à merveille. Le couple était aux anges!

La neige fondit et la nature se raviva tranquillement. Les bourgeons éclatèrent.

Un doux matin, la jeune femme se réveilla en sursaut. Des douleurs au bas du ventre la tenaillaient. Quelque chose ne tournait pas rond. L’accouchement était planifié pour l’automne.

Cette journée marqua le début de la fin.

Les mariés étaient dévastés, surtout l’épouse. La fausse couche la déchira. Son corps se vida de son âme. Ses pensées, autrefois florissantes, moururent. Elle passa son temps à contempler le berceau, ce dernier étant prêt à recevoir un bébé qui ne vint jamais.

La mamange s’occupait en lavant le linge qu’aurait porté son enfant. Elle descendait vers la rivière passant derrière la maison et laissait l’eau caresser ses doigts jusqu’à la tombée de la nuit. Son mari s’inquiétait, mais elle ne voulait rien savoir. Il la laissait donc faire, préoccupé par ses longues journées de travail.

Ce passe-temps dura tout l’été et n’arrêta point lorsque l’automne débuta. L’eau, maintenant froide, rendait ses mains bleues. Pourtant, elle ne s’en rendait pas compte.

Un matin frisquet, la morte-vivante se dirigea vers la rivière. Elle ne prit pas la peine d’amener les vêtements. Elle s’assit directement dans l’eau, la tête relevée. Elle resta immobile en fixant le vide.

Quelques heures suffirent à l’hypothermie pour s’emparer d’elle. Le courant emporta son corps, ainsi que ses dernières pensées.

Ce jour-là, son enfant-étoile était supposé naître.

Le mari mourut peu de temps après, sous le poids du deuil.

La seule empreinte laissée par cette tragédie est la présence de vêtements pour bébé flottant au vent près du cours d’eau. Des randonneurs disent en apercevoir souvent, même lors des froides journées d’hiver.