Saint-Polycarpe
Le ciel est d’un bleu magnifique et il fait un froid polaire. En marchant, la neige crisse sous mes pas. J’ai les narines qui collent et les cils gelés. Tout autour de moi, il n’y a que le silence, sauf parfois un chien qui aboie au loin.
J’avance d’un pas rapide tout en repensant au temps où j’allais faire de la raquette avec les jeunes de mon âge. Je me souviens d’une journée semblable à aujourd’hui où, même le temps glacial, n’aurait pu arrêter cette joyeuse bande de copains de faire cette activité. Habitant tous dans le même village et ayant un fort esprit de clocher, ceux-ci y avaient fondé un club de raquetteurs. Oh! C’était il y a bien longtemps de ça; au moins 50 ans.
Absorbée par mes pensées, je vois venir au loin un homme qui marche dans ma direction. Je fige sur place. Ce n’est pas parce qu’on vit dans un milieu rural qu’on est à l’abri des gens malveillants. Ici, je suis indéniablement toute seule, au beau milieu de nulle part. Me vient alors à l’esprit, l’histoire de l’enfant qui s’est fait enlever, il y a plusieurs années de ça, dans un rang tout près d’ici?
Cet homme, vêtu d’un gros manteau de drap, coiffé d’un bonnet de laine et ayant aux pieds des raquettes en babiche, me semble sortir d’une autre époque. J’ai déjà vu ce bonhomme quelque part? Il ressemble au patriote illustré sur le logo de notre ancien club de raquetteurs.
Abasourdie par cette pensée irréelle, je me demande si cet homme ténébreux ne serait pas le fantôme de François-Xavier Prieur, qui serait revenu errer sur la terre de son enfance? Il y a bien deux siècles de ça, c’est dans notre village que ce Canadien français y a vécu sa jeunesse. Lui, qui aimait tant son pays et qui, plus tard, deviendra l’un des patriotes qui fût capturé, jugé et condamné pour son implication dans la révolte de 1837-38, serait-il de retour pour nous livrer un message en ce temps d’incertitudes?

