Saint-Zotique
Bercer par le vent
Je vole, je plane, je virevole.
Le soleil se lève, la région s’éveille, Vaudreuil-Soulanges renaît.
Le tableau orangé du ciel est digne des plus grands chefs d’œuvre, Séguin-Poirier s’en serait sûrement inspiré. Ces teintes me rappelant mon plumage me fascinent, j’ai peine à détacher le regard de cet horizon qui se fond dans le lac. Le St-François scintille. Il est paré de ses plus beaux bijoux, à l’image des richesses qu’il abrite. Je devine sous ses douces ondulations une vie aquatique abondante. Dorés, brochets, maskinongés, perchaudes, achigans se voisinent à l’ombre d’une chaloupe où un pêcheur attend, impatient de sentir le petit coup annonciateur de sa prochaine prise. La bourrasque me fait dévier, je vois un vaste territoire, succession de champs prometteur d’une récolte abondante, de forêts aussi verdoyantes qu’accueillantes, de villages et villes encore endormis. Je pique du nez, je me laisse tenter par quelques petits fruits, je profite de l’éveil de la nature. Au loin se dessine un mont, le plus haut sommet de la région, où la vue coupe le souffle et où les pierres seraient déjà tombées du ciel. La brise m’amène un son magnifique : le chant de mes colorés amis ailés. Je me surprends à siffler, je fais partie de l’harmonie.
Le vent me porte, m’emporte, m’entraîne.
De mon voyage, de mon parcours, de mon exploration, il est maître.
Je n’ai pas les souliers de Félix Leclerc, mais j’ai beaucoup voyagé. Les merveilles de la nature aperçues côtoient des marquages de l’histoire. D’aussi haut, elles ont l’air miniatures, mais elles trônent, fortes, traversant les époques, témoignant de la richesse du passé, celui qui façonne le futur. Je me suis posé sur un fort au toit rouge, militairement positionné il y a plus de deux siècles. J’ai surplombé la puissance du barrage, la force de l’eau, la naissance de l’énergie si chère aux Québécois. Bercé par le vent, j’ai évité les palmes du moulin qui a été, jadis, au cœur de la colonisation. La brise m’a fait flotter au-dessus d’une typique maison d’époque aux pierres arrondies, s’élevant dignement entre le lac des Deux Montagnes et de la rivière des Outaouais, soulagé de ne pas voir flotter le fantôme (réel ?) de mademoiselle Trestler.
Sans me lasser, je vois, j’admire, je contemple.
Je vole, je plane, je virevole.
Je suis l’Oriole.

