Très-Saint-Rédempteur
Le réveil
C’était le premier jour du printemps. Le chant des oiseaux résonnait dans la forêt. J’avais dormi, j’avais très bien dormi. J’étais resté immobile et nu durant plusieurs mois. Je sortais d’un long sommeil profond. Une léthargie peuplée de rêves de neige, de tempêtes et de vents hurlants. Les chauds rayons du soleil de mars me chatouillaient les branches et avaient commencé à faire fondre l’épaisse neige qui m’entourait. De l’eau fraîche, contenant les souvenirs du dernier hiver, s’était infiltrée jusqu’à mes racines. J’étais déshydraté. J’avais soif. J’ai bu, beaucoup, beaucoup! J’ai senti une chaleur à peine perceptible monter tout le long de mon tronc. Mon corps encore engourdi était en train de revivre. Un sang nouveau m’envahissait. Je me sentais vivant.
Au loin, des vibrations; j’entendais le craquement de la neige causé par des pas. Ces derniers se rapprochaient. Malgré ma somnolence, je reconnaissais les voix de mes visiteurs. Depuis toujours, cette famille me rendait visite. Encore cette année, ces gens s’étaient arrêtés à mes côtés et d’un regard admiratif, ils m’avaient tous contemplé. Ils trouvaient que j’avais bien grandi et que j’étais enfin prêt. Ils avaient mentionné à quel point j’étais majestueux et combien ils étaient heureux de me revoir. Puis, tout à coup, j’ai entendu un bruit sourd. Un bruit que je n’avais encore jamais entendu. Et d’un seul petit coup, ils ont fait un trou. Aïe, ça fait mal! Je n’ai pas pu me sauver. J’ai senti une partie de ma sève sucrée couler le long de mon corps.
J’étais angoissé. Les enfants, eux, étaient fous de joie. C’était la fête. Ils m’ont décoré. Je portais désormais un magnifique bijou argenté. Au loin, on pouvait voir la lumière miroiter sur ma nouvelle parure et quand le calme a pu reprendre sa place, on entendait: “tuc, tuc, tuc”. Ma crainte s’était transformée en fierté. Ils sont revenus me voir tous les jours. J’étais certainement le plus bel arbre de toute la forêt.

