Saint-Lazare
Je ne sais toujours pas ce que le destin me réserve alors que je gravis de peine et de misère cette montagne dans l’espoir d’y trouver refuge, quelque part sous l’immense canopée. J’erre, je tourne en rond. Je me perds dans un va-et-vient incessant, grimpant puis redescendant, enjambant d’immenses champs de roches qui surgissent soudain en foule pour s’évaporer aussitôt. Mon cœur bat la chamade, menaçant de s’évader de ma poitrine. Affamée, seule, désemparée, je sens l’ombre de mes démons chatouiller mes failles, leurs voix insidieuses me susurrant des mots doux dans le creux de l’oreille, leurs queues pointues piquant mes doutes jusqu’au sang. Le hululement d’une chouette perchée quelque part au-dessus de ma tête se mêle à un cri strident qui déchire le silence de la nuit — un joli renard roux, peut-être, qui m’implore de ne pas m’aventurer davantage.
Ici, l’air semble vibrer différemment. Un vertige me saisit et ma vision se trouble alors que la silhouette d’une dame en blanc se dessine dans l’obscurité. Son apparition brouille mes certitudes, me déstabilise. Une peur viscérale me lacère de l’intérieur et envahit tout mon être, mais c’est la curiosité qui l’emporte alors que je laisse mes pieds endoloris m’entraîner plus profondément dans les entrailles de la forêt pour la suivre. Une lueur timide danse au creux de la pénombre, puis une autre, et bientôt des centaines de petits points scintillants surgissent, s’éteignent, se rallument tout autour de moi comme des astres ailés. Le sol sous mes pas s’efface et je me sens légère, traversée et protégée par une force vaste et ineffable.
Enfin, un sanctuaire se dévoile à moi, lové entre les arbres qui me chuchotent d’approcher vers la petite chapelle fièrement juchée un peu plus haut derrière. Je gravis la pente escarpée qui mène à son seuil, puis la porte entrouverte m’invite à glisser mon corps meurtri en son sein. À l’intérieur, l’air est dense, chargé d’une présence muette mais réconfortante, enveloppante.
D’ici, je les aperçois — des dizaines de flambeaux qui s’allument un à un, portés par les mains de fervents croyants qui osent espérer et croire en l’invisible, en procession au pied du sanctuaire. Une force phénoménale m’embrasse, effleure mon front, caresse mes côtes brisées. Pour la première fois depuis des lunes, je respire pleinement. Une clarté indicible m’habite subitement, une luminosité qui s’empare de moi et s’approprie mon âme errante pour la consoler, la bercer, la délivrer.

