Magali Legault (19 ans +)

Vaudreuil-Dorion

Mon moulin

Je sentais son souffle derrière mon cou pendant mes visites guidées. Une brise fraîche, douce, comme un effleurement, qui contrastait avec la chaleur suffocante de juillet.

Nous étions à l’été 1992. Comment partager aux touristes qui visitaient le moulin à vent de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot cette rencontre avec l’invisible qui durait déjà depuis le début de l’été. M’auraient-ils crue, moi, jeune étudiante au début de la vingtaine embauchée pour les visites du moulin et de la maison du meunier? Valait mieux garder cet invité mystère dans le domaine du secret.

Le contact avait toujours lieu au 3e étage, près des meules qui devaient bien peser 1500 livres. Les touristes venus visiter le fameux moulin construit en 1705 à l’époque de la Nouvelle-France ne pouvaient imaginer à quel point j’anticipais cette présence avec enthousiasme et fébrilité. Un moment suspendu dans le temps, dans ce lieu chargé d’histoire. J’expliquais le fonctionnement du mécanisme, opéré par le meunier Joseph Trottier dit Desruisseaux, du même nom que mon grand-père.

Au début de la saison estivale, je m’étais raisonnée. Je m’étais persuadée que ce n’était qu’une brise venue du lac Saint-Louis. J’en étais même venue à penser que j’avais une imagination débordante jusqu’à ce que j’en arrive à la conclusion que j’étais probablement folle! Je suis donc montée seule, après les heures de visites.  Puis je l’ai sentie. C’était indescriptible. Unique.

Chaque été, depuis, nous avons rendez-vous. Depuis 33 ans. Je ne le raterais pour rien au monde.