Coteau-du-Lac
Le coyote des Trois-Collines
Je m’appelle Eloi, je suis un coyote solitaire. Je n’ai presque aucun souvenir de mes parents : ils ont disparu alors que j’avais 6 mois, me laissant grandir seul dans les vastes paysages de Vaudreuil- Soulanges. J’ai appris à survivre entre les Trois-Collines de Saint-Lazare, les marais tranquilles de Coteau-du-Lac, et les sentiers parfumés de pins, qui mènent vers la montagne de Rigaud.
Un matin, alors que je longeais le canal de Soulanges, j’ai senti l’odeur des humains. Des chasseurs avançaient, accompagnés de leurs chiens. Mon cœur s’est serré. Je me suis caché derrière un vieux pin blanc. Toutefois, l’un d’eux m’a repéré. Avant que je puisse fuir, il m’a attrapé et emmené chez lui. J’ai bien cru que ma dernière heure avait sonné et que je finirais exposé sur sa cheminée ! La réalité fut tout autre.
Il me déposa doucement dans son salon, sur un joli tapis et me dit :
« Bonjour petit coyote ! Je ne te veux aucun mal, rassure-toi. Si tu as envie de sortir, tu peux. Je fais un exposé sur les coyotes. » Je grognai pour dire que j’avais compris, puis je me réfugiai sous le sofa.
La maison sentait le bois et quelque chose d’étrangement familier.
Le lendemain, il m’apporta des tartines au sirop d’érable. Peu à peu, je m’habituai à cette vie étrange, loin des nuits étoilées du lac des Deux-Montagnes.
Pourtant le visage du garçon me troublait. Ses yeux…Je les connaissais. Un soir, il me parla de sa famille :
« Mon arrière-grand s’appelait Eloi. On dit qu’il fut un grand chasseur, mais il gardait un secret au fond de lui. En réalité, il préférait voir les animaux libres, et surtout vivants. »
Il partit sans en dire plus.
Je restais immobile. Avait-il senti ce lien entre nous, ce fil qui traverse les générations comme le vent traverse les collines ?
Cette nuit-là, j’ai compris que je ne devais pas rester. Il n’était pas prêt à entendre qui je suis : son arrière-grand-père, revenu sous une autre forme, lié à la forêt que j’ai tant aimée.
Avant l’aube, je suis retourné vers les bois, vers les pins, vers les rivières qui serpentent entre Hudson et Rigaud.
Je veille encore sur lui.
Et si un jour, dans les sentiers de Vaudreuil-Soulanges, un coyote vous observe en silence, peut-être que ce sera moi.

