Josianne Dalcourt (19 ans +)

Coteau-du-Lac

Un fleuve mystique

C’est l’hiver, il fait froid. Je déteste quand le temps est si glacial. Le vent siffle à l’extérieur, les branches cognent contre la maison. La neige tombe et les bourrasques sont tellement fortes que je me demande comment font les gens pour oser sortir. Emmitouflée dans ma couverture, une tasse de thé à la main, je dépose mon livre un instant pour regarder par la fenêtre.

J’aime observer le fleuve Saint-Laurent, il me fascine. En été, l’eau peut être si calme que je peux y voir les rochers tout au fond et même quelques poissons. Dans ces moments, je sors mon kayak, je vogue paisiblement et je laisse mes pensées dériver. Je m’émerveille par tant de beauté. Puis lorsque le temps gris envahit le ciel, le vent marin et les nuages nous offrent un spectacle inquiétant. L’odeur de la pluie, la musique des gouttes qui tambourinent, je me réfugie alors sous la pergola. Je m’imprègne de cette ambiance envoûtante. 

Décidément, c’est une vraie tempête cette fois-ci. Le fleuve s’étend à l’horizon, mais avec toute cette neige je vois péniblement au-delà de la rive. Je m’apprête à reprendre mon roman lorsque quelque chose attire mon attention. Une ombre ? Non, impossible ! Le fleuve est gelé par ici, mais les courants peuvent être forts par endroit. Ce n’est pas un lieu où l’on voudrait se balader en cette saison. Je distingue à peine la silhouette noire, mais elle semble se déplacer difficilement.

Intriguée, j’enfile mon manteau, je brave la tempête pour découvrir quelle est cette chose au loin. Peut-être est-ce quelqu’un en danger ? Le vent me gifle le visage et j’ai du mal à garder les yeux ouverts, mais j’avance tout de même, pressée par le doute et l’angoisse. Plus je m’enfonce, plus la nuit s’installe tout autour. Tout à coup, l’ombre fonce vers moi, j’entends un cri étrange, puis elle disparaît aussi soudainement. Le froid m’engourdit. Je suis seule sur le rivage, figée par la peur, mais stupéfaite de la beauté du paysage. Qu’ai-je réellement vu ? Était-ce l’esprit du fleuve qui voulait me prouver toute sa splendeur malgré ce temps effroyable ?