Jiana Saad (17 ans et +)

Vaudreuil-Dorion

Un oiseau entre deux ciels

Je suis un oiseau posé sur une branche, au cœur du parc Valois, à Vaudreuil-Dorion.

Depuis plus de 35 ans, mes ailes ont choisi ce ciel pour se reconstruire, et mes plumes ont appris la douceur des saisons d’ici. Mais je ne suis pas née dans ce paysage : je viens d’un autre ciel… le ciel du Liban.

Au parc Valois, je vois la vie belle et paisible. Les enfants courent, rient, tombent et se relèvent en éclatant de rire. Le soleil brille sur le lac des Deux-Montagnes, la lune fait scintiller les branches pendant que les amoureux se promènent main dans la main, et des parents marchent lentement, racontant leurs histoires comme si le temps avait ralenti pour les écouter.

Je vois des amis partager un repas, des citoyens se saluer, des gens danser simplement parce que la vie est belle.

Quand la neige tombe sur les arbres, elle enveloppe les branches d’un manteau de velours blanc. Quand la pluie arrive, elle chante sur les branches, et moi, petit oiseau, je ferme les yeux et je savoure la paix

Là-bas, au Liban, il y avait aussi des parcs, des arbres et des rivières, mais le ciel n’était pas le même. Je ne voyais pas des enfants jouer. Je voyais des enfants affamés et apeurés, ne sachant pas quand ils pourraient rire. Je ne voyais pas de parents se promener, je voyais des familles se cacher, serrées les unes contre les autres. Je ne voyais pas d’amoureux marcher main dans la main, ni le soleil briller sur l’eau. La lune était cachée derrière la fumée. La terre était noire, brûlée par les bombes, presque sans vie.

Ici, au parc Valois, je regarde la grêle tomber sur les arbres. Les petites billes blanches rebondissent sur les branches, puis fondent doucement sur le sol. Là-bas, ce n’était pas la grêle qui tombait, c’étaient des bombes. Le bruit ne faisait pas rire les enfants, il faisait trembler leurs cœurs.

Aujourd’hui, je vole au-dessus du Parc-Valois paisiblement. Chaque fois que je vois un enfant courir, que j’entends un rire, que je vois des parents marcher sans peur, je déploie mes ailes avec reconnaissance. La paix est un privilège. C’est un trésor.

Et moi, petit oiseau venu d’un ciel de guerre, je choisis chaque jour de chanter pour ce ciel de paix que j’ai trouvé ici, au parc Valois.