Rigaud
Sous le soleil albinos
Le jour de l’Amour un jour viendra,
le jour de l’Amour où le monde chantera, où tous chanteront;
ce jour que nous attendions.
Les hommes sur la terre seront enfin unis, vraiment comme des frères, tous comme des amis.
Les hommes auront compris le message du Très-Haut, Ce sera le Paradis du bas jusqu’en haut,
Dans la grande région de Vaudreuil-Dorion.
À Pine-Lake, au crépuscule,
étant dans ma bulle, dans un canot,
je vois surgir de l’eau un monstre marin, avec sombres desseins.
Ce mystère de Pine-Lake
me regardait comme un bon steak. Je me défends du mieux que je peux.
En sortant mon armement je prie Dieu. Harpons dans la colonne la créature s’élance
et en sautant fredonne un refrain de vengeance. Mais mortellement atteinte, elle fait un soubresaut. Avec mes feintes, j’ai eu sa peau – qui l’eût cru? – mourant comme elle a vécu,
chaleureuse comme un moulin à viande : elle est entrée dans la légende!
Comme un frisson dans la nuit, la nuit couleur de suie,
l’heure de la nuit profonde,
je cherchais avec une sonde, cherchais…
Des disparus, des gens. À vrai dire : des noyés,
là où se déversait la rivière à la Graisse, des noyés sont eux-mêmes remontés.
Sortaient de l’eau comme gens qui naissent; comme se manifestent des excommuniés.
Me donnant toute une frousse!
Sous la lumière de la lune rousse j’ai crié : à l’aide mon frère! Mais ne l’ai pas
vu… Je me sentais comme nu.
Les noyés avaient les yeux brillants. Voyaient même dans le néant.
Chaque œil m’a hypnotisé. J’étais paralysé!
On dit le matin plus sage que le soir. Que la nuit porte conseil.
Mais loin du pays des merveilles, j’ai réussi à m’en aller.
Sans rien regretter de la nuit, du néant et des noyés
parce que…
parce que j’en ai seulement rêvé. Plutôt un cauchemar bizarre… Comme dans le dos : un poignard! Humour noir…!

