Gabrielle Chamberland (12-18 ans)

Rigaud

Le murmure du rail

Alphonse, 1960

J’entrais dans le train pour ce que je croyais être mon habituel aller-retour pour les vacances d’été. Cette fois-ci ce serait un aller sans retour à mon alma mater, à ma passion. L’été de mes vingt ans sonnerait le glas de mes études classiques au Collège Bourget. L’université m’attendait à la prochaine rentrée scolaire. Je deviendrai médecin!

Émile, 2025

Encore une fois, je l’entendis passer dans ma cour comme il le faisait quelques fois par année. On pouvait entendre son moteur gronder, bien avant qu’il n’arrive à nous, mais rien à l’horizon. Seulement la brume du matin qui était déchirée par le hurlement du sifflet qui nous glaçait le sang.

J’ai souvent tenté de comprendre d’où venaient ces sons inhabituels. Toutefois, même après maintes recherches, les réponses restaient introuvables.

J’ai alors décidé de demander à grand-papa Al. Je savais que mon grand-père n’avait pas toujours habité à Rigaud. En effet, ma famille était native de Sainte-Adèle dans les Laurentides. Il m’a donc raconté que dès son jeune âge, il était passionné de biologie. La seule façon de poursuivre son rêve était d’aller étudier au Collège Bourget. Pour lui, la distance n’était rien comparée à sa soif d’apprendre. N’étant pas issu d’une famille fortunée, le curé du village, qui avait étudié avec le père Louis Genest, professeur de biologie au Collège, avait accepté d’y financer ses études.

À partir de l’âge de 12 ans, il prend donc le train à partir de Montréal pour Rigaud. Depuis 1850, on y déversait, à la rentrée, des hordes d’élèves qui ne reviendraient à la maison que pour Noël, Pâques et les vacances estivales.

Je compris alors que lorsque le vent se lève, nous avons la chance d’entendre le tout dernier train qui passa par la gare de Rigaud. Dans ce train, se trouve mon grand-père. Si on tend bien l’oreille lorsque le vent se lève, il se peut qu’on l’entende parmi les élèves du Collège célébrant leurs retrouvailles, la fin de leur année scolaire ou le passage furtif d’un train fantôme emportant leurs souvenirs vers l’infini…