Rivière-Beaudette
Tom avançait prudemment sur le chemin caillouteux qui menait vers le fort de Coteau-du-Lac.
Quelle idée saugrenue il avait eue d’accepter de participer à cette partie de cache-cache nocturne proposée comme un défi par Jason, le « caïd » de la classe.
Tom, arrivé de Montréal, devait être intronisé!
Le jeune citadin avait visité le fort lors d’une sortie avec toute la classe. Il avait adoré les récits sur la construction de ce bastion, érigé pour empêcher les Américains d’atteindre Montréal. Ses rapides, qui séparaient les lacs Saint-François et Saint-Louis, en faisaient un endroit stratégique entre le bas et le haut Saint-Laurent.
Bien avant cela, les autochtones y établissaient leur campement et l’exposition d’objets ancestraux, témoins de l’Histoire et de ses mystères, l’avait fasciné.
Mais la masse octogonale sombre qui se dressait maintenant devant lui n’avait rien à voir avec la fortification très sécurisante qu’il avait visitée en plein jour.
Soudain, son cellulaire vibra dans sa poche.
« La partie a commencé. Tu dois nous retrouver avant minuit. De là où nous sommes, on te voit… méfie-toi de Plume d’aigle! »
Tom commençait à regretter cette escapade nocturne : il risquait d’être interdit de sortie à vie par sa mère et il se souvenait de cette légende d’un autochtone, mort sur les lieux pour défendre sa famille et qui hantait la tour octogonale d’après les dires de certains voisins du site…
Il s’arrêta un instant pour réfléchir : quel serait le meilleur endroit pour se cacher ici? La tour est fermée au public et verrouillée la nuit, seules les fondations sont accessibles.
Prenant son courage à deux mains, il s’engagea donc dans l’une d’elles mais il ne put aller très loin : il fut bousculé par Jason et deux de ses comparses, qui se précipitaient vers la sortie en hurlant : « Plume d’aigle est dans la tour! On crisse notre camp! »
Tom les suivit mais jeta un coup d’œil rapide par-dessus son épaule : au deuxième étage de la tour octogonale se détachait une ombre massive, éclairée en arrière-plan par la lueur d’une torche.

