Vaudreuil-Dorion
La maison des Dubois
D’énormes chênes et de sveltes épinettes t’entourent. Tu es désorienté : tu t’aventurais au fin fond de la forêt du mont Rigaud pour quoi au juste… La maison des Dubois, c’est vrai. Le chant des oiseaux, habituellement invitant, te siffle aux oreilles une cacophonie moqueuse. Les arbres autour de toi semblent respirer d’un souffle lent et saccadé. Leurs feuilles te jettent un regard accusateur. Tu es perdu. Pourtant, tu t’étais aventuré dans cette mer de racines pour une raison… Une raison qui semble mystérieusement t’échapper alors que tu t’enfonces dans la forêt.
Tu fouilles maladroitement dans ta poche et n’y trouves que quelques framboises et de l’ail des bois. Tu y avais toutefois glissé des documents importants, nerveusement pliés. Ta main te démange. Tu la regardes et tu remarques que ta peau semble crevassée, presque comme l’écorce d’un arbre. Tu avais quelque chose à faire, quelqu’un à rencontrer. « Les Dubois, je devais aller rencontrer les Dubois… » Henri Dubois avait refusé de céder son terrain au ministère des Transports qui souhaitait l’exproprier et raser la forêt pour y faire passer une route plus moderne. Depuis, impossible de retrouver Henri. Deux employés du gouvernement et quelques policiers étaient partis à la recherche de sa demeure; plus jamais on ne les revit.
Tu rebrousses chemin ; le soleil semble fixe dans le ciel. Ni à l’ouest, ni à l’est. Une omniprésence céleste. Les arbres se resserrent et tu sens une vague de claustrophobie te monter à la tête. Tu aperçois alors un homme debout entre deux érables. Derrière lui, une clairière, et plus loin, une vieille chaumière vétuste. Tu y entres et une femme vêtue d’une longue robe te sert, sur une assiette, deux gros cailloux lisses et ronds. « Mme Dubois… » Tu regardes tes pieds qui s’enracinent soudainement dans le sol. Henri Dubois se tient devant toi alors que ta peau se solidifie en une écorce distincte : un chêne grotesque. Il cloue un morceau de papier sur ton tronc et, avec tes yeux bientôt bourgeons, tu y discernes vaguement quelques mots :
D’ÉVICTION : DERNIER RAPPEL

