Émilie Maheux (16 ans et -)

Terrasse-Vaudreuil

Le dernier envol

            Le vent et la pluie ébouriffent mes plumes alors que je survole les forêts de Vaudreuil-Soulanges. Je ne sens que les feuilles mortes, cherchant où sont les autres. Je m’ennuie de leur odeur si familière et réconfortante. Ils ne peuvent être allés loin.
            Après quelques heures, je finis par atterrir à côté d’une longue rivière. Alors que je bois de l’eau, j’entends quelque chose dans les buissons.
            Soudainement, un renardeau en sort, courant vers moi. Je m’assois sur le bord de la rivière, le sable collé sur mes douces plumes blanches. J’attends la mort.
            J’ai l’impression qu’il veut me trancher la gorge avec ces dents aussi pointues que des glaçons. Mais… Je ne sens pas mon fluide chaud couler tout au long de mon cou. Il insère plutôt son nez noir entre mes plumes, cherchant la chaleur de mon corps.
            Mes yeux se baissent alors qu’il semble rigoler et s’amuser autour de moi. Je n’y crois pas.
            « Mais que fais-tu tout seul ici ! Viens dans ma maison ! On y est bien ! » s’écrit-il.
            Un jeune renard qui joue avec sa proie est bien rare. J’hésite un instant, mais une tempête se lève et je décide de le suivre.
            Après quelques minutes, je me retrouve devant un trou sous un arbre. Le renardeau me sourit à pleine dents et dit :
« Maman et Papa ne sont pas là ! Tu peux entrer ! »
            Je soupire et je baisse la tête pour rentrer tranquillement. Ce n’est pas très grand comme espace.
            « Dis-moi, quand tes parents vont-ils revenir ? »
            « Maman a dit qu’elle reviendrait après sa chasse ! Et Papa aussi. » « Ça fait combien de temps qu’ils sont partis à la chasse ? »
            Cette fois, il réfléchit un peu plus longtemps. Je m’assois juste à côté de lui. Je vois du doute dans ces yeux brun foncé. La tempête commence à s’affaiblir tandis qu’une nouvelle s’apprête à surgir dans ces yeux.
            Il sanglote et cache son museau sous mon aile.
            « Tu sais, personne n’est éternel. Tu dois apprendre à être tout seul, dans la vie. »
            Il pleure pendant de longues minutes avant de s’endormir.
            Tôt le lendemain, je sors sans lui et je vole tranquillement dans la forêt encore sombre.
            Un coyote saute et m’attrape au vol. Ces louveteaux me mordent aussi, et tout finit par devenir noir.
            Je pense une dernière fois au renardeau. J’espère qu’il saura vivre de ses propres ailes.