Vaudreuil-Dorion
Nez curieux
Bien au chaud dans le nid familial, je sens un rayon de soleil me chatouiller le museau. Je glisse sans bruit le long du tronc d’arbre, saute sur la grande table pour faire un brin de toilette et prêt pour l’aventure ! En se réveillant, Maman Écureuil va encore se faire des poils blancs pour son petit « nez-curieux » comme elle m’a surnommé. D’un signe de la queue, je demande au geai bleu de ne pas faire de bruit afin de ne pas la réveiller et me voilà zigzagant sur les voies rapides que les humains nous ont installées dans les airs. En passant devant l’église, je dépose un gland en offrande à St-Michel, qui tient toujours le dragon sous ses pieds. Avec lui pour nous protéger des monstres, aucun souci de voir surgir un crocodile dans la baie de Vaudreuil ! Arrivé dans le parc, je monte sur la plus haute branche et je cherche mon courage pour sauter dans le vide les bras en croix. J’avais découvert l’existence des écureuils volants dans un livre d’images dérobé dans la boite à livres du parc. Je rêve de voler comme eux, m’envolant dans le vent en déployant mes ailes parachutes. Ma première expérience fut douloureuse mais je sais que je peux réussir. J’ai écouté l’histoire de Jonathan Livingston le goéland, raconté par une maman humaine à son enfant, et je me suis reconnu. Comme lui, je veux vivre de liberté et de découvertes même si mes congénères me trouvent « trop bizarre » et que maman est triste en me regardant. Peu importe, les livres que je feuillette en cachette me donnent milles idées et un jour, je partirai découvrir ces merveilles, voyager dans les machines métalliques que les humains conduisent, goûter les vrais fruits dont je ne mâchouille que les photos. Un jour, je partirai. Je ne peux plus me contenter de grignoter les graines d’oiseaux dans les mangeoires, ou les poubelles que les humains remplissent pour nous. Un jour, je partirai, découvrir les forêts aux arbres immenses, et je sauterai avec mes nouveaux amis écureuils d’ailleurs… Un jour.

