Christian Bolduc (19 ans +)

Vaudreuil-Dorion

C’est fête au cimetière

Après plusieurs décennies à vagabonder dans les abîmes du temps et de l’oubli, ils sont de retour au bercail.

Au cimetière de l’église Saint-Michel, on sent la fébrilité s’emparer des résidents. Et pour cause. En ce 24 juin, les quatre plus illustres mousquetaires de Vaudreuil-Dorion viennent de ressusciter d’entre les morts.

Le cortège s’ouvre sous les auspices du dernier gouverneur (1755-1760) de la Nouvelle-France, lequel a donné son nom aux villes de Rigaud et Vaudreuil: Pierre de Rigaud de Vaudreuil (1698-1778).

Il est suivi de Jean-Joseph Trestler (1757-1813). Né à Mannheim en Allemagne, celui-ci s’engage comme mercenaire en faveur de la couronne britannique dans sa lutte aux insurgés américains. Devenu homme d’affaires, propriétaire foncier et homme politique, il laisse à la région quatre filles d’un premier mariage, quatre garçons d’une seconde union et un manoir.

Il est flanqué de l’homme qui a marié sa petite-fille Iphigénie Trestler: Antoine-Aimé Dorion (1818-1891). Chef du Parti libéral du Canada et brièvement premier ministre, il a donné son nom à la ville de Dorion.

On reconnaît également le chanoine Lionel-Groulx (1878-1967). Né et mort à Vaudreuil, l’historien national du Québec fonde l’Institut d’histoire qui devient, en 1962, le département d’histoire de l’Université de Montréal.

On peut apercevoir, sur le chemin des Chenaux, la maison jaune et blanche dans laquelle ce chercheur, essayiste, enseignant et écrivain a imaginé le pays français qui l’a tant fait rêver pour le Québec. Il avance en tenant un drapeau québécois.

Et pour fêter correctement les retrouvailles avec les enfants du pays, on ne pouvait pas se passer d’entendre la voix chaude, enveloppante et poétique du troubadour Félix Leclerc (1914-1988).

Vaudreuillois d’adoption entre 1945 et 1966, Félix fredonne certaines des chansons inoubliables qu’il a composées lors de son passage chez nous: Moi, mes souliers, L’Hymne au printemps, Le p’tit bonheur, etc..

Sa maison du boulevard de l’Anse, qu’il a habitée entre 1956 et 1966 et qui a été rénovée depuis, sert de lieu patrimonial et mémoriel.

Cette fête au cimetière servira à (re)souder les liens d’une communauté déchirée entre le passé, le présent et l’avenir.