Charlotte Miller (12-18 ans)

Saint-Lazare

Durant une belle journée de juillet, Anne et moi nous assoyons à la table, sentant que quelque chose ne va pas bien. Nos parents se regardent et notre mère se lance : « Vous avez peut-être remarqué que votre père et moi nous chicanons beaucoup. » Ne sachant pas vraiment quoi dire, on ne dit rien. « Eh bien, nous divorçons, finit-elle fermement. » Anne fond en larmes, mais je suis trop surprise : je fige.

  • Ce qui veut dire, continue notre père, qu’on a annulé notre voyage à Hawaï.

En entendant cela, ma sœur s’enfuit dans sa chambre. Après m’être calmée, je demande: Qu’allons-nous faire durant les vacances d’été ?

Mon père hésite, mais il se décide à dire la vérité : « Vous allez aller à l’auberge Willow’s Inn. »

Voyant que cela ne me dit rien, il s’empresse d’ajouter : « C’est une merveilleuse petite auberge au cœur de Hudson ! »

Je réalise qu’il met une grosse emphase sur le mot vous, alors je lui demande pourquoi.

  • Parce que votre mère et moi avons décidé que vous alliez me voir une semaine sur deux, en alternance et ce mois-ci, c’est à son tour.

Le lendemain, à l’auberge, Anne et moi restons toutes seules, car notre mère doit travailler durant la journée. Pendant qu’elle est partie, je fais des recherches sur l’endroit où nous séjournons.

            – Hé Anne ! Regarde ! lui dis-je en mettant mon téléphone portable devant son visage. Apparemment, cet endroit est hanté !

Anne, qui ne croit pas aux fantômes, ne lève même pas les yeux de son livre adoré. Ne sachant pas vraiment quoi faire, je regarde autour de moi à la recherche d’un signe d’activité paranormale. En faisant cela, je trouve une belle boîte à musique. Sachant qu’Anne adore ce genre d’objet, je lui montre.

  • Mais c’est une vraie antiquité ! s’exclame-t-elle. Tourne-la !

J’obéis, mais quand je la lâche, aucune musique n’en sort. Tout à coup, j’ai l’impression qu’on se fait aspirer par la boîte et, à peine quelques secondes plus tard, tout s’arrête.

  • Mais qu’est-ce que c’était ? demande Anne. Ne sachant pas plus qu’elle, je hausse les épaules. En même temps, je regarde le calendrier. Je crie, emportée par l’adrénaline.
  • Qu’est-ce qui t’a pris ? me demande-t-elle.

Trop apeurée, je pointe le calendrier. À ma grande surprise, elle rit.

  • Ils ont fait une erreur avec la date. On n’est pas le vendredi 13 novembre 1930 !

Ensuite, nous décidons de prendre l’air et de marcher un peu pour oublier les événements passés. Rendues dehors, nous recevons une grosse bouffée d’air froid, ce qui est étrange puisque nous sommes en juillet. Nous nous dirigeons alors vers le comptoir d’accueil de l’auberge. Anne demande la date à la réceptionniste. Nous sommes bien le vendredi 13 nov…

Mais elle n’a pas le temps de finir sa phrase, car Anne et moi courons vers notre chambre pour retrouver la boîte à musique.

  • Si on est vraiment en 1930 et que pour arriver ici, tu as tourné la manivelle de la boîte à musique, on pourrait la tourner dans l’autre sens et…

Mais j’avais déjà commencé à la tourner et par miracle, cela a fonctionné !

De retour en 2025, nous nous couchons sur notre lit. Trop épuisées pour parler, nous nous endormons. À notre réveil, nous trouvons des pierres empilées devant la porte. Ne sachant pas ce que cela signifie, nous les déplaçons et allons voir la réceptionniste.

  • C’est Maude ! C’est Maude ! crie-t-elle.

Sachant que le fantôme qui hante l’auberge s’appelle Maude, nous retournons dans notre chambre, un peu déconcertées. En entrant, nous remarquons pour la première fois une planche de Ouija posée sur une des tables de chevet. Intriguées, nous posons nos mains dessus et demandons : « Maude, es-tu là ? »

Avec un coup sec, la planchette glisse vers le « oui ».

  • Demande-lui quelque chose, dis-je à Anne.

C’est à son tour d’obéir : « Avez-vous un message pour nous ? »

Cette fois, la planchette se déplace de lettre en lettre pour épeler : « Aidez-moi. »

Au même moment, la boîte à musique commence à trembler sans arrêt, mais en posant ma main tremblante dessus, elle s’arrête.

  • Eh bien, le message est clair : nous sommes hantées par Maude, une servante fantôme qui vivait en 1930 et qui nous demande de revenir dans le temps pour la sauver. C’est fou ! dis-je, mêlant exaspération et terreur. Que faisons-nous ?
  • C’est clair, répond Anne. Nous ne ferons rien. On ne risque pas deux vies pour une seule. Ce serait insensé ! termine-t-elle fermement, mais toujours apeurée.

Cette nuit-là, alors qu’Anne est endormie, je me lève tranquillement pour ne pas faire de bruit. Je prends la mystérieuse boîte à musique. Après quelques instants d’hésitation, je tourne la manivelle. Encore une fois, je ressens cette horrible sensation d’être aspirée. Quelques secondes plus tard, je tombe à terre, la boîte à côté de moi.

Tout à coup, j’entends quelqu’un frapper à la porte. Je me précipite pour ouvrir. « Entrez », dis-je, sans savoir à quoi m’attendre.

La porte s’ouvre doucement et une jeune fille timide entre. Elle ne semble pas beaucoup plus âgée que moi.

  • Qui êtes-vous ? ai-je demandé.
  • Je m’appelle Maude. Je suis venue ranger votre chambre hier.

Prise par surprise, je fige de peur. Confuse, elle me demande si je vais bien. Sans prendre le temps de répondre, je la prends par le bras, je verrouille la porte et je lui dis qu’elle est en danger. Elle me regarde avec un mélange d’inquiétude et d’incompréhension.

  • Je ne sais pas de quoi vous parlez. Je ne suis pas en danger et je n’ai pas le choix. Je dois rester à mon poste, je suis servante ici.

Pendant ce temps, en 2025, Anne se réveille et remarque que je ne suis plus là. Elle constate également que la boîte à musique a disparu. Se doutant que je suis retournée en 1930, elle essaie de prévenir quelqu’un. C’est à ce moment que notre mère entre dans la pièce.

  • Allô, ma chérie. Où est ta sœur ? Je ne l’ai pas vue encore. Anne lui explique tout, mais notre mère ne l’écoute pas.
  • Tu as fait un mauvais rêve, Anne.

De retour en 1930, je suis désespérée. C’est alors que j’ai une idée : je vais suivre Maude et l’arrêter s’il y a un danger. Je la retrouve dans les escaliers. « Hé, que fais-tu ? lui ai-je demandé. Ce qui la fait sursauter.

Secouée par mon apparition soudaine, elle dit tout : « J’ai un rendez-vous avec quelqu’un. » En effet, j’entends des voix qui viennent du sous-sol.

  • Mais où est-elle ? Elle aurait dû être là depuis dix minutes ! Une autre voix répond: « Ne t’inquiète pas, aujourd’hui, c’est la journée ! »

Je n’aime pas la façon dont il a dit « aujourd’hui, c’est la journée ». Je me retourne alors vers Maude et en voyant mon visage inquiet, elle me demande si ça va. Évidemment, elle n’a rien entendu de cette conversation. Que faire ? Et si j’allais au sous-sol en faisant semblant d’être Maude ? Ou bien… devrais-je l’emmener avec moi dans le futur ?

Je n’y peux rien, la boîte à musique est trop loin et j’entends les voix du sous-sol devenir de plus en plus fortes. Je prends Maude par la main.

  • Tout va bien aller, ai-je murmuré en la tirant jusqu’à la salle la plus proche.

Je l’enferme à l’intérieur, puis je redescends et j’ouvre la porte du sous-sol.

  • Que fais-tu ici ? demande l’un des hommes.
  • Je… je suis Maude, ai-je répondu, mais ce n’était évidemment pas très convaincant.
  • Non, tu ne l’es pas. Va la chercher, sinon…

Il pointe un couteau posé sur l’une des tables. Mon cœur s’emballe. Je remonte en vitesse, je déverrouille la porte, mais au lieu d’emmener Maude au sous-sol, je l’entraîne vers ma chambre. Sans perdre une seconde, je saisis la boîte à musique et tourne la manivelle. Maude, complètement déboussolée, me regarde, paniquée. « Qu’est-ce qui se passe ? » demande-t-elle. Je lui répète que tout va bien aller… pas si convaincue moi-même.

Quand l’effet d’aspirateur s’arrête, je tombe sur le lit. Maude me regarde, paniquée.

  • Qu’est-ce qui vient de se passer ? demande-t-elle.
  • Nous sommes en 2025.

À ce moment-là, Anne entre dans la chambre et se fige.

  • Charlie ? s’exclame-t-elle. Puis, en voyant Maude, elle demande, hésitante, «Euh… qui est-ce ? »
  • Je m’appelle Maude, répond-elle.

Et depuis ce jour, Maude est devenue notre meilleure amie.