Pincourt
BRUME MATINALE
Quel plaisir de me lever tôt et de profiter de ce calme pour faire le tour de la Pointe ! Ce quartier si paisible, où les arbres et les jardins abritent de jolies maisons familiales. En ce matin d’été, les oiseaux sont mes seuls compagnons et je déambule sans but précis. Je parcours mon circuit habituel au bord de l’eau.
Bien que la brume matinale ne soit pas encore levée, je m’arrête à une halte. Aujourd’hui, je choisis celle avec la balançoire. Le banc est encore humide, tant pis, je m’y assois. Mon jean absorbera sans problème cette rosée. Je n’ai jamais pu résister aux plaisirs de me balancer et celle-ci fait surgir en moi une foule de souvenirs :
Nous deux, main dans la main. Les chansons murmurées en berçant les petites sur nos genoux. Les courses de bâtons flottants au gré des vagues. Les concours de ricochets que je ne gagnais jamais au grand plaisir de nos petites-fées. Ces petites aventurières courant pour être la première arrivée sur la rive. Mon cœur qui sursautait en les voyant sauter de roches en roches, ma crainte de les voir tomber.
Un clapotis me tire de ma rêverie. C’est probablement une grenouille qui chasse une libellule. Je lève les yeux. Il n’y a pas de ronds dans l’eau mais j’aperçois un bateau entre l’île et la rive ! Quelqu’un d’autre serait aussi matinal que moi ? Probablement un pêcheur en quête de poisson ? J’essaie de voir si je reconnais cet intrus.
Mes yeux ont beau scruté, je ne vois ni canne à pêche, ni humain. Pas de bruit de moteur, pas de rames, pas de voile. Le bateau semble voguer à la dérive. Il glisse au fil de l’eau, voguant en suivant les méandres des baies et des anses. Dans l’atmosphère ouatée de ce matin naissant, il ressemble à un bateau fantôme.
Serait-ce François-Marie qui vient inspecter son Domaine ?

