Chantal Macleod (17 ans et +)

Pincourt

Le témoin

J’avais eu tellement peur, j’étais sûr qu’il allait me croquer mais non ! Il m’a enterré à côté de la rivière. Grâce à son eau, mes racines ont poussé rapidement et je me suis mis à grandir. Au début j’étais plutôt rachitique mais j’ai forci rapidement.

La route qui me longeait n’était fréquentée que par les gens qui voulaient profiter de la vue sur l’eau. Parfois, les enfants de la maison en face venaient se balancer sur le pneu que leurs parents avaient accroché à mes branches. Je menais une vie paisible jusqu’au jour où des pelleteuses sont venues démolir la rue et la maison des enfants. Quel serait mon sort ?

Ils m’ont ignoré. La rue est devenue une zone piétonne, la maison et les jardins se sont transformés en un grand parc communautaire avec plein d’activités : soccer, tennis et jeux pour une nouvelle génération d’enfants.
Je suis devenu le témoin de pique-nique, de promenade à vélo, à pied, en trottinette. Le bord de la rivière a une plage sablonneuse où il y a parfois des baigneurs et sur l’eau je peux voir la danse des kayaks, pédalos et planches. Mes branches procurent de l’ombre aux chaises Adirondack où des lecteurs se prélassent. Plusieurs fois durant l’été, j’entends l’écho de concerts en plein air. Les gens chantent et dansent. Comme j’aime cette animation !

À tous les ans, une fois par année, ce paisible endroit se change en un foisonnement d’activités. On entame la journée par une parade de camions de pompier, jeux gonflables et d’eau, nourriture et grand spectacle. Le tout se termine par un feu d’artifice légendaire.

L’hiver, alors que je suis en dormance, des activités différentes se produisent : patinage, ski de fond, motoneige, cabanes de pêche. M. Roger vient même enseigner à des jeunes l’art de prendre des poissons sous la glace.
Je suis bien content que cet écureuil ne m’ait pas croqué car je peux continuer d’admirer, en toutes saisons, ces magnifiques couchers de soleil et je me dis : « Ce parc mérite bien son nom Bellevue. »