Vaudreuil-Dorion
Les visiteurs
Cela fait maintenant trois ans que je travaille dans ce merveilleux endroit. Chaque matin, avant de me rendre dans la maison du meunier, je me laisse enivrer de la douce vue du moulin surplombant fièrement l’intersection du lac Saint-Louis et du fleuve Saint-Laurent. Chaque matin, je me laisse bercer par le calme clapotis de l’eau, du chant des oiseaux et le vent qui ne souffle jamais trop fort. Cet instant de quiétude m’a toujours permis de démarrer agréablement ma journée au parc historique de la Pointe- du-Moulin. Quotidiennement, je suis chargé de maintenir en état le moulin à vent ainsi que la fascinante maison du meunier.
Seulement, il y a six jours, en dépoussiérant la grande table devant la cheminée, j’ai remarqué qu’une des chaises bordant la fenêtre était retournée, lui faisant face. Cela m’a étonné car je savais que les visiteurs n’avaient pas le droit de toucher l’ameublement. J’ai tout simplement replacé la chaise et continué mon travail. Le jour suivant, la chaise avait encore bougé et je me suis dit que j’allais passer un mot aux guides de visite. J’avais toutefois omis de leur mentionner et après que l’évènement se soit répété encore trois fois, je suis allé voir un guide.
“Je n’ai vu personne toucher les meubles. Je demanderais aux autres mais ça m’étonnerait. C’est sûrement Charles ou Jean-Baptiste, tu les salueras de ma part !” Il rigola.
Charles ou Jean-Baptiste, ou les deux… Hier, après avoir inspecté le moulin en entrant dans la petite bâtisse, deux chaises étaient retournées vers la fenêtre et une exquise odeur de pain flottait dans l’air. Le soir, je suis parti me renseigner sur qui avaient été les occupants de cette maisonnée. Jean-Baptiste Relle, appelé Harel et Charles Cytoleux, dit Langevin était tous deux maîtres fariniers. Ce matin, je me suis rendu encore plus tôt sur le site de la Pointe-du-Moulin. Adossé sur le moulin, regardant au loin, contemplant le paysage, je laissais mes cheveux virevolter dans le vent et je me dis que si j’avais un jour habité ici, comme les deux meuniers, je reviendrais toujours visiter ce petit coin de paradis.

