Caroline Tremblay (19 ans +)

Vaudreuil-Dorion

Le monstre des écluses

Vous connaissez sans doute Nessy, le monstre du loch Ness! Et peut-être aussi Memphré, celui du lac Memphrémagog. Mais saviez-vous qu’une créature mystérieuse hante également les eaux du canal de Soulanges?  Vous ne me croyez pas? Demandez aux adeptes de plongée ce qui se cache à 20 pieds sous la surface. En tout cas, moi, je l’ai vu, le monstre, et je ne suis pas près de l’oublier.

La rencontre remonte à sept ou huit ans. Par une belle journée de printemps, on décide, mon beau-fils et moi, d’enfourcher nos bicyclettes pour aller taquiner le poisson. Le cœur plein d’espoir, on prend nos cannes et nos gréements, en prenant bien soin d’emporter la puise et un grand sac de plastique, pour nos prises.

Mais les touches se font attendre… Trop de soleil, j’imagine. Comme disait mon grand-père : « c’est bon à rien si les poissons nous voient ». Pour tromper l’ennui, on joue à semer les minuscules crapets qui suivent notre leurre, et on se dépêche de remettre ceux qui se piquent malgré tout à l’eau pour relancer notre ligne. Les heures filent paresseusement et on s’apprête à repartir bredouilles quand le coup tant attendu arrive enfin. Un coup franc qui me fouette les sangs, et plie presque ma canne en deux.

Au bout d’une grosse demi-heure de combat acharné, on finit par voir la tête – et la taille! – de la bête : un beau brochet maillé qui doit bien faire 30 pouces. Je dis « qui doit », parce qu’en vérité on ne le saura jamais… Alors que je savoure déjà ma victoire (et que je salive à l’idée des filets panés cuits dans le beurre), le cri sourd de mon acolyte me tire de ma rêverie. Des profondeurs du canal surgit une ombre colossale qui, en deux temps, trois mouvements, s’empare de notre souper, nous laissant bouche bée sur le rivage avec comme seul trophée, un bout de fil sectionné.   

Depuis ce temps-là, mon beau-fils et moi, on regarde les jeunes qui se baignent dans les écluses malgré l’interdiction d’une tout autre façon…