Carole Peterson (19 ans +)

Les Coteaux

Blanc

Blanc. Tout à ma gauche est blanc. La moitié du décor s’est volatilisé, comme délité, caché derrière un mur. Je sais que la route n’a pas changé. Je la connais bien. Elle mène à Saint-Zotique en longeant le lac. Je l’emprunte tous les jours depuis que j’ai déménagé dans le secteur pour me rapprocher de mon travail. Mais actuellement, l’étendue d’eau a disparu. Je tasse ma voiture dans un stationnement. Le vertige me prend. Tout semble virevolter dans le vent et tout semble figé dans le silence en même temps. Je ferme les yeux un moment. L’appuie-tête me casse le cou. Il n’arrive pas à la bonne hauteur. Peine perdue, je ne sais pas pour qui ces sièges sont conçus.

Les haut-parleurs finissent de cracher une chanson populaire. J’entends la ritournelle qui annonce les nouvelles, la météo et l’état de la circulation. La radio de mon auto diffuse des platitudes que je n’écoute pas. La musique recommence. J’ouvre les yeux. Je soupire. Le paysage n’est pas revenu. Je me dis que je devrais repartir.

La fatigue accumulée ces derniers mois m’assaille. Je pense à mes vacances de l’été précédent. Je n’ai pas senti le besoin d’aller ailleurs. Vaudreuil-Soulanges m’a offert des visages souriants, des gens qui vous parlent dans les files d’attente, une atmosphère détendue… Toutes ces petites choses contribuent à mon bonheur de vivre ici. Sans parler de la piste cyclable qui sillonne la région d’un bout à l’autre. Impossible de trouver plus beau. Et maintenant, une chimère s’amuse à effleurer ce décor enchanteur et l’emporte peu à peu.

Je me réveille en sursaut. Je rêvais. Je n’avais même pas remarqué que j’avais refermé les yeux. Je regarde l’heure. Dix minutes sont écoulées. Oh non ! J’actionne mon clignotant pour signaler mon intention de m’engager sur la chaussée. Je dois partir à présent. Je vois mal derrière moi. Le mur s’est avancé. Il ne couvre plus seulement le lac. La route a disparu maintenant. Reste simplement à attendre. La réalité se montre implacable. Une tempête de neige fait rage. Tout est blanc.