Camille Bourque (19 ans +)

Saint-Zotique

Le Phare de la Pointe au Beaudet

Il existait, selon les natifs de la région, un phare éblouissant à l’entrée du fleuve Saint-Laurent. Ce phare avait été érigé afin d’éviter les bas- fonds et de permettre une circulation libre et sécuritaire. Après plusieurs années de service, il fut abandonné, et son éclat se perdit.

Laissez-moi vous narrer l’histoire mystérieuse du Phare de la Pointe au Beaudet, un vestige du passé. Au XIXe siècle, lors de la construction du phare, un homme prénommé Aubert Beaufare fit son apparition au premier coucher de soleil, lorsque la lumière du phare perça enfin l’obscurité. Il ne semblait pas natif de la région. Son allure de marin fatigué, accompagné d’un oiseau de mer sur son épaule et d’un corbeau perché plus haut, intriguait les villageois.

Dès son arrivée, un étrange phénomène se produisit : La météo, jusqu’alors capricieuse et indomptée, sembla soudainement se stabiliser. Comme si le vent et la mer obéissaient à une volonté invisible, à celle de cet homme au regard mélancolique. Il n’était jamais accompagné d’un nom officiel, ni d’une histoire claire. Il n’était qu’un mystère. Il s’intéressait à tout, à tous, sauf à lui-même. Les habitants, intrigués, se mirent à murmurer. Certains croyaient qu’il avait fui un sombre destin, d’autres pensaient qu’il venait d’un autre monde, d’un endroit lointain, et qu’il portait en lui les secrets d’un autre temps. Son français impeccable, mais teinté d’un accent étrange, renforçait cette impression qu’il n’était pas originaire de cette région.

Chaque matin, Aubert saluait son plus vieil ami : le fleuve. Et chaque soir, il lui souhaitait une bonne nuit, comme si le fleuve et lui entretenaient une relation secrète et profonde. Mais un matin, tout changea. Aubert était seul. Ses compagnons, le corbeau et l’oiseau de mer, avaient disparu, comme si leur disparition avait perturbé l’équilibre naturel des choses. Ce fut le dernier jour où l’on vit le fleuve si tranquille. Aubert disparut à son tour, emporté par le coucher du soleil, comme une ombre évanouie. Depuis, personne ne l’a revu, ni lui, ni ses compagnons. Et le phare, silencieux, reste là, abandonné, avec son histoire inachevée, suspendue dans le temps.