Augustin Dignard (17 ans et +)

Rigaud

La buse

Mes yeux s’ouvrent. Perché sur une branche d’un pin blanc, le long du versant ouest de la colline de Rigaud, les premières lueurs du soleil viennent réchauffer mes plumes. Leur chaleur me réveille doucement, préparant ma vivacité de la journée. Je m’envole avec une puissance presque sismique. Quelques battements d’ailes, tactiquement calculés, puis les courants thermiques prennent le relais, se chargeant de mon aérodynamisme.

J’arrive à mon poste de travail, sortie 12 de l’autoroute 20. La jeune forêt de caryers cordiformes attire ce que je chasse quotidiennement. De plus, le terrain vague me donne l’avantage sur leurs déplacements. Comme dernier avantage, de multiples 40 tonnes de taule foncent à toute allure, se préoccupant peu de cette faune téméraire qui s’aventure sur cette allée chaotique. Malheureusement, cette journée trop calme donne des résultats négatifs.

Je repars bredouille de mon haut mirador, direction l’est. Sur le chemin, mon regard aiguisé entrevoit au loin une forme grouillante dans la friche. N’écoutant que ma raison, mon instinct et mon appétit, je fonce vers cette silhouette inconnue, mais si intéressante. Une fois sur place, j’ouvre mes serres affûtées et je pique sur cette forme lagomorphique.

Le surprenant objectif esquive ma première offensive et file vers un sous-bois non loin de là. Je ne peux perdre l’honneur face à un si pathétique adversaire. Je me relance vers lui, prêt à le mettre hors jeu. Hélas, je sous-estime le léporidé. Il est d’une vivacité et d’une fougue impressionnantes!

Le fugitif frivole réussit à m’échapper. Choqué, subjugué, que dire, époustouflé, je quitte les lieux, encore une fois le ventre vide.

Le soleil commence à se coucher. Je me pose sur le pont reliant la rive ouest à l’île Perrot. Me questionnant sur mes agissements, je repense à ma journée tumultueuse. J’observe le coucher du soleil, les teintes orangées et rosées viennent miraculeusement colorer le ciel et le rendre sublime.

Au crépuscule, je retourne au pin blanc où j’ai commencé ma journée.