Audrey Gauthier (19 ans +)

Très-Saint-Rédempteur

Il y a près de 120 ans, dans la petite paroisse de Rigaud, un mystère troubla la quiétude des habitants. En cette froide nuit d’octobre 1906, sous une lune voilée, des ombres furtives se glissèrent entre les tombes du cimetière Saint-Michel. Au matin, l’horreur frappa : plusieurs sépultures avaient été violées, leurs cercueils brisés, vidés de leurs occupants.

Le curé Lemoine, le premier à découvrir le sacrilège, alerta aussitôt le maire et la police locale. Les villageois, effrayés, murmurèrent des histoires de profanations occultes, certains évoquant même des pratiques vaudoues importées de contrées lointaines.

Mais l’enquête révéla rapidement une vérité plus terre-à-terre et tout aussi troublante. Des empreintes boueuses, des morceaux de tissus arrachés sur des ronces, et surtout un témoin – un vieux veilleur de nuit – guidèrent les autorités vers un groupe d’étudiants en médecine de Montréal. En manque de corps pour leurs dissections, ces apprentis médecins s’étaient résolus à déterrer des cadavres fraîchement inhumés pour alimenter leurs études clandestines.

Avec le temps, l’affaire de Rigaud sombra dans l’oubli, ne survivant qu’à travers les récits murmurés les soirs d’orage. Certains disent encore que, sous la terre du cimetière, reposent des cercueils vides, témoins silencieux de cette sombre nuit où la science s’imposa à la morale. D’autres, quant à eux, jurent que, lors de soirs sans lunes, des barques glissent silencieusement sur la rivière de Rigaud, un squelette à leurs proues.