Annie Sauvé (17 ans et +)

Saint-Zotique

En plein vol!

Je m’agrippe malgré le vent. Mes serres compriment le bois humide et j’attends patiemment. J’adore contempler les vagues et entendre ce bruit sourd lorsqu’elles déferlent sur le bord de ce quai fréquenté. Chaque soir, je m’y retrouve avec d’autres oiseaux de mon espèce. Je me joins à leurs cris perçants comme pour prouver à tous que j’existe. Je desserre doucement mon étreinte tout comme certains desserrent leurs mâchoires pour converser autour de moi. Ce brouhaha me rend chaque fois encore plus excité, plus fébrile.

C’est à cet instant que je repère une proie formant un joli sillon tracé à la surface de l’eau sous l’ombre du grand arbre qui veille tout près. J’observe autour de moi afin de m’assurer qu’aucun autre volatile ne tentera de venir subtiliser mon festin. Je survole l’eau telle une légère brise d’automne, sans bruit. Je me délecterai assurément de ce poisson. Ma patience récompensée, je pique sous l’eau et je sens celle-ci pénétrer entre mes plumes. Cette sensation me fait frissonner de plaisir. J’y reste quelques instants à scruter les alentours, à écouter les bruissements rassurants des feuilles du vieil arbre, ce lieu de refuge espéré.

Les derniers rayons de soleil de cette fin de journée permettront de sécher mon plumage encore légèrement mouillé et de me réchauffer. Ainsi, je cherche un coin tranquille, près des herbes hautes, loin du bruit, pour me reposer. Le sol, encore chaud, me réconforte. J’oserai vraisemblablement fermer les yeux et rêver pendant un moment.

Le sommeil a quelque chose de merveilleux. Mon corps s’apaise, ma tête se niche sous mes ailes, mais je demeure attentif aux moindres bruits. Je songe aux différents paysages vus du ciel. Ceux que je préfère ressemblent à des panoramas superposés d’éléments tous plus incroyables les uns que les autres : des rochers escarpés aux eaux turquoise ou ces endroits remplis de verdure et de vie. Un petit cri me tire de mon endormissement. Je déploie agilement mes ailes qui me guideront vers un nouveau chemin encore cette nuit.

Qui sait, je trouverai peut-être un oiseau rare avec qui voyager quelques temps.