Anik Tremblay (19 ans +)

Coteau-du-Lac

Les fées du fleuve

Une croisière sur le fleuve? Formidable! Le rêve! Je trépignais d’impatience à l’idée d’aller me promener sur « la mer ». J’avais six ans. Je m’imaginais déjà visiter l’île magnifique au loin. Je me souviens très bien; on y apercevait une immense croix blanche. En rétrospective, cette île était bien petite et toute proche, évidemment.

Quelle ne fut pas ma surprise d’enfant, une fois au quai, que le bateau ne se soit arrêté nulle part!

De déception, je pleurais à chaudes larmes à la sortie du navire, les mains sur les yeux, relâchant ma peine et déversant toute l’eau de mon corps. Incapable de marcher droit, je tombai vite à l’eau. Je n’entendis pas le matelot crier d’aller me chercher. On m’a raconté que j’avais perdu connaissance.

Je n’en crois rien.

Aussitôt dans l’eau, je les ai rencontrées : les fées du fleuve. Les entités les plus fabuleuses et les plus fascinantes du monde.

Leur douceur sur ma peau. La délicatesse de leurs mouvements scintillants. Cette curiosité joueuse dans leur regard. Le plaisir délicieux que je ressentais à leur contact. Ces êtres minuscules me captivaient. Toute ma vie, chaque fois que j’ai plongé dans les eaux du fleuve après cette aventure, de Saint-Zotique à Pointe-des-Cascades, je les ai retrouvées. Immortelles. Merveilleuses. Magiques!

Maintenant, je vieillis. Mon âge m’empêche d’aller les trouver.

Je me rends alors tranquillement au bout du quai. Il s’y trouve un banc de métal et de bois, impassible, où s’acharnent les intempéries. Je m’y assois. Mon havre de paix. Au soleil, je peux rester là pendant des heures. Le vent ébouriffe mes cheveux. Je glisse mes mains dans mes poches. Je ferme les yeux. Je me laisse bercer par le son des flots, par le chant des oiseaux. Et je sens les fées du fleuve revenir à moi, je les sens sur ma peau, dansantes, pleines de joie.

Je souris.