Vaudreuil-Dorion
La route de l’ange
Sa maman lui répétait souvent combien elles étaient privilégiées de résider à Vaudreuil-Soulanges, une région où leurs traditions antillaises étaient accueillies avec bienveillance. Voilà un mois que les deux femmes avaient entassé toute leur vie dans une petite musette afin de vivre une vie meilleure à Vaudreuil. Pour combler son ennui, Inaya adorait faire diverses expéditions enrichissantes dans le comté. Ce petit moment rien qu’à elle lui permettait de faire des découvertes et développer sa créativité l’évadant de son quotidien de refugié. Ici, les gens étaient sympathiques et joviaux, à son grand bonheur.
Alors qu’Inaya se baladait en ville, elle haussa les yeux vers le soleil couchant éblouie par sa beauté. La lumière du jour disparaissait graduellement pour laisser place aux ombres de la nuit. Inaya se souvint que sa mère l’avait contrainte d’un couvre-feu qui ne tarderait pas à arriver. Sa montre annonçait la fin imminente de son aventure. En courant vers sa maison elle trébucha violement sur son lacet.
La jeune antillaise se redressa rapidement, une teinte de malaise peinturant son visage sous le regard vif du vieil homme qui n’avait rien manqué, caché à l’ombre du stop. Ce n’est qu’en prêtant attention là où elle avait perdu pied qu’elle vit une écriture mystique, effacée par le temps. Au sol, en grosse lettre s’étendaient les chiffres : 649.
Dans les jours qui suivirent son accident, la demoiselle aurait pu jurer que les chiffres la suivaient. Ils étaient partout. Elle s’engagea dans la quête de trouver leur signification.
Un soir silencieux, elle s’équipa d’une lampe de poche et quitta son domicile. Elle se balada jusqu’à dégoter la piste idéale. On aurait pu dire que la combinaison avait été positionnée afin de former un chemin. Inaya suivit les indices jusqu’à ce que son chemin soit brusquement interrompu par une clôture qu’elle escalada avec facilité et s’aventura dans le chemin étroit. Quelques ruisseaux plus tard, la fin du passage dévoila une maison ancienne affichant les chiffres sur sa devanture.
Elle cogna, excitée d’en apprendre plus le cerveau bouillonnant d’interrogations. Au premier coup, une vieille dame ouvrit et l’invita à entrer. Dégustant une délicieuse croustade aux pommes, Inaya écouta attentivement le récit de l’aînée. Frama, âgée de plus d’un siècle, était la mère fondatrice du village et avait pour mission de protéger la ville des forces malveillantes qu’il l’entourait. La jeune apprit que si la ville de Vaudreuil était aussi accueillante et aimable ça ne tenait que par Frama. Chaque jour, elle s’assurait que les trois chiffres apparaissent partout dans la ville, l’imprégnant ainsi d’une énergie protectrice protégeant tous et toutes d’un destin déplorable.
Ce soir-là, Inaya comprit pourquoi Vaudreuil-Soulanges portait son nom.

