Les Coteaux
J’avais si froid. L’hiver semblait interminable et brutal. Ma mère m’a laissé ici dans la terre, pour me battre et avoir une chance de survivre. Je me suis creusée dans la terre cette automne. Le printemps se luttait contre le froid pour donner une chance aux animaux, aux insectes ou bien les plantes comme moi. Un jour, je sentais le sol enfin frais et plus chaleureux. Le printemps sort victorieux de ce combat. Pour une première fois je me sentais réveiller. Lentement mais sûrement j’ai senti mon corps germer, ma tête sort de la terre. Je ressens enfin une lumière m’accueillir dans le monde. Je suis née. Je pouvais enfin sentir la fraicheur des autres plantes autour de moi, voir les nuages passer au-dessus de moi et goûter l’eau de mon système de racines qui commençait à se développer. J’étais une plantule proche d’une voie cyclable bordant le canal de Soulanges, une jeune fleur prête à bourgeonner et à exposer ma beauté à mère nature. Pendant ma croissance en tant que jeune plante, j’observais tous les petits mammifères se réveiller de leur hibernation. Les bernaches revenaient de leur long voyage pour s’installer de nouveau ici. Les abeilles travaillent déjà leur magie et bourdonnent aux alentours. L’été s’installait tranquillement. La douce chaleur qui m’enveloppait et la brise agréable me berçait dans ses bras. Je m’étais épanouie en coquelicot. Je serais parfaite pour un beau bouquet de fleurs romantiques ou être préservée pour une journée importante, la journée du souvenir. Un jour, alors que les pollinisateurs avaient passé vers moi, j’entendais des voix lointaines : celles de jeunes enfants et leurs parents qui faisaient une randonnée. Je me tenais fière de ma splendeur pour leur exhiber ma magnificence, mais ceux-ci passèrent à côté de moi avec un petit regard. Le peu d’attention que ces gens m’ont donné m’a fait sentir une telle joie. Depuis ce jour, plusieurs autres personnes passent sur mon chemin pour m’admirer moi et mes nouvelles amies. L’été avait passé si vite je pouvais déjà sentir la fin arrivée. Si on pouvait m’entendre, je soupirerais. J’ai eu une si belle vie ici. Alors je souhaite pour mes prochaines graines que je laisserai derrière moi de rester dans cette magnifique terre. Merci mère nature de m’avoir donné la chance de fleurir. Mes pétales et graines tombent sur le sol où j’ai vécu.

