Alexis Arbour (19 ans +)

Vaudreuil-Dorion

Voici l’histoire vraie de Julien et Maxime, qui vivaient dans une petite ville où tout le monde se connaissait. Depuis leur enfance, ils avaient grandi dans le dépanneur de leurs parents, un lieu modeste mais rempli de souvenirs. Leur père était décédé alors qu’ils étaient encore jeunes, et c’est leur mère qui avait pris les rênes du commerce. Avec le temps, le dépanneur était devenu une véritable institution dans la ville. On y trouvait tout, des bonbons aux journaux, en passant par des médicaments de base.

Mais un jour, leur mère, qu’ils adoraient, tomba malade. La maladie la rongea lentement, et malgré tous les efforts des médecins, elle s’éteignit un soir d’hiver. Les deux frères, incapables d’accepter la réalité, prirent une décision étonnante. Ils ne purent se résoudre à annoncer la mort de leur mère. Ils l’avaient laissée là, dans sa chaise favorite, un plaid sur les genoux, comme si elle attendait encore quelqu’un. Julien et Maxime continuèrent à gérer le dépanneur, comme si rien n’avait changé, accueillant les clients, discutant avec eux, en prenant soin de leur image, tout en évitant que quelqu’un ne remarque l’absence de la matriarche.

Au début, tout se passa comme prévu. Les habitants de la ville commencèrent à murmurer sur l’absence étrange de la mère, mais les deux frères, habiles, réussirent à écarter les soupçons. Ils prétextaient que leur mère avait pris une pause bien méritée, qu’elle était malade, qu’elle dormait. Mais les semaines se transformèrent en mois, et les frères ne purent plus cacher l’inévitable.

Un matin de mars, un voisin curieux se rendit à la maison pour demander des nouvelles. Il aperçut, à travers la fenêtre, la silhouette de la mère assise, immobile. Il frappa à la porte et, lorsqu’il entra, il découvrit la vérité. La mère était morte depuis plus de trois mois. Choqué, il avertit les autorités, et le scandale éclata dans la ville. Le petit commerce, autrefois un lieu de convivialité, fut sous les feux des projecteurs. Les deux frères furent critiqués, jugés, et leur histoire fit les gros titres des journaux locaux.

La bâtisse, le dépanneur familial, devint alors un symbole du silence et du déni. Après le scandale, il n’y eut plus de clients, et l’endroit fut abandonné pendant un temps. Aujourd’hui, la bâtisse a été transformée en divers commerces, mais jamais un dépanneur. La ville n’a jamais oublié l’histoire des deux frères qui, dans leur douleur et leur refus de la réalité, avaient choisi de vivre avec le fantôme de leur mère.