Clara Couture (17 ans et +)

Saint-Lazare

Carla, le coyotin

Lors de la traversée sur le lac des Deux Montagnes gelé, Carla, un coyotin de la troisième portée de sa mère, tombe dans l’eau. Elle a quelques minutes pour sortir avant de mourir d’hypothermie.

L’abîme magnétique m’attira vers le fond. Ma merveilleuse mère m’aida à cramponner le rebord. Je marierais ma mère amante que j’admire si ce n’était pas qu’elle fut ma mère. Ma magnifique mère nous maternait alors qu’on était encore minuscules. Elle émane du calme et de l’amour pour nous tous. Elle m’a laissé mâchouiller ses mamelons et m’a observé manger ma première marmotte. Ma majestueuse mère me mordit le cou pour aider mes mains animales à ramper de l’eau mortifiante. J’entendis mes frères gamins commencer un drame. Ma fée marraine m’a laissé à moi-même dans ma misère. Je combattais comme je le pouvais. Moi, jamais je ne refuserais de tomber et mourir. De toute manière, ma mère allait m’amener à la maison maintenant. L’oxygène emplissait de moins en moins mes poumons. Ma vision se brumât, mais ma mère sera là dans moins d’une minute. Je me promis de vivre jusqu’à demain. Le froid pénétra mes muscles mous. Une mort imminente, mais je ne succomberai pas à ma destinée. Ma mère viendra d’un moment à l’autre, car je suis membre de cette maudite meute. Je refuse d’être un martyr sans raison pour mourir. Ces minutes macabres ne peuvent pas être mes derniers moments.

Je donne un coup de pattes arrière et j’agrippe la glace avec férocité. Le froid ne gagnera pas contrôle de ce coyote. J’ai un seul but : sortir de l’eau. Je prends toutes les forces que je possède et enfonce mes griffes affûtées dans la glace. Je prends quelques secondes pour retrouver une respiration régulière. Il n’y a personne, aucun loup en vue. Je suis toute seule. J’oublie cette pensée et je hisse un corps canin frigorifié hors de cette eau qui aurait pu abriter une carcasse si je n’avais pas été assez fort. Dans cet instant, sain et sauf, j’analyse la situation : aucun frère ni aucun parent en vue. Je suis courageux et je suis dans le déni aussi. Pleurer n’est que pour les faibles. Je sais que personne ne va revenir, j’ai été annoncé un coyote décédé. J’ai été effacé de leurs souvenirs. Je dois apprendre à vivre tout seul à cet instant. Le seul hic, c’est que je ne sais pas si je peux le faire.